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Étiquette : travail

Gouvernance et renoncement

À la suite d’un débat1 organisé par le cercle du Libre examen de l’Université libre de Bruxelles et par un très grand nombre de cercles et associations étudiantes portant sur la réforme de la gouvernance institutionnelle de l’ULB, il m’a semblé utile de revenir sur quelques notions qui ont émaillé les discours des acteurs en présence. En effet, une partie…

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Le travail comme mythe

La « valeur travail » est décidément une préoccupation de l’époque, cristallisant l’attention politique à droite comme à gauche. Ainsi, le 13 novembre 2012, à l’occasion de sa première conférence de presse en tant que président, François Hollande se voulut-il le porte-parole des « préoccupations des français » en ces termes : « Que va-t-il advenir de mon emploi, de mon logement ? Quelle est…

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Contrôle, performances et gouvernance

On ne manque pas aujourd’hui de ressources critiquant le modèle de nouvelle gouvernance dérivé du management des années 80, que ce soit dans une optique plutôt appliquée, centrée sur les individus1 ou dans une optique plus théorique, autour des systèmes d’idées2 ou des modes de régulation des comportements3.

Pourtant, force est de constater que certains poncifs, certaines « grandes recettes magiques » censées augmenter la « performance des organisations » continuent à être appliquées très largement dans un secteur public en cours d’effritement, causant fréquemment d’importants dysfonctionnements structurels. Dans ce contexte, rappeler quelques évidences n’est pas forcément inutile.

1. L’origine du mal : le paradigme individualiste

Généralement, les dysfonctionnements d’une administration ne sont pas liés aux performances individuelles mais aux procédures et à la multiplication des niveaux de « légitimation » d’une décision, que ce soit par l’obligation « règlementaire » d’obtenir l’approbation d’une large hiérarchie formelle ou par l’existence d’un régime de normalisation liée à une hiérarchie « mixte » (formelle et informelle) – par exemple, il n’est pas formellement nécessaire d’avoir l’accord d’un expert mais vu la reconnaissance de son expertise dans l’organisation, son influence permet une plus grande légitimation de la décision et en pratique, tout le monde le consulte. De plus, la multiplication des intervenants de même niveau hiérarchique vers le « sommet » d’une organisation administrative pyramidale « traditionnelle » augmente les risques de divergences liées non plus à l’objet de décision mais à des enjeux généraux de pouvoir (lutte entre deux services).

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  1. Voir par exemple, Vincent de Gaulejac, Travail, les raisons de la colère, Paris, Seuil, 2011 ; Vincent de Gaulejac & Nicole Aubert, Le Coût de l’excellence, Paris, Seuil, 1991.
  2. Luc Boltanski & Eve Chiapello, Le nouvel esprit du capitalisme, Paris, Gallimard, 1999
  3. Béatrice Hibou, La bureaucratisation du monde à l’ère néolibérale, Paris, La Découverte, 2012
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Retour sur l’hybride sexy

Il y a de cela quelques mois, je publiais ici un billet intitulé l’homme-machine, hybride sexy. Suite à un commentaire de Christophe Mincke1 il me semble utile d’en revenir à mon hybride sexy; pour en affûter la description.

La première question que je voudrais aborder est celle de l’existence d’un canon, d’un modèle existant préalablement et imposé, provoquant l’entreprise de formatage du corps que j’ai brièvement décrite. Christophe Mincke écrit en effet :

Je me demande aussi si le corps est soumis à un formatage – ce qui suppose un modèle préexistant – ou si l’impératif n’est pas, plus largement, celui d’un projet corporel. L’important est de participer à un projet corporel, qu’il s’agisse de musculation, de changement de sexe ou d’esthétisation du corps (tatouages, piercings et autres transformations). Finalement, le corps n’est plus une réalité, il est un message qu’il faut formuler. Dans ce cadre, le formatage précis importe moins que la création du signe adéquat aux circonstances.

Il me semble que le mécanisme de formatage s’applique par rapport à un modèle évolutif. Il s’agit pour moi d’un mécanisme de normalisation – au sens de Michel Foucault : c’est-à-dire de formatage par rapport à une norme qui émerge par des effets d’accumulation statistique et par des mécanismes de rapports de force liés aux luttes de classements, qui définissent les critères de la distinction et donc de la reconnaissance par un groupe social déterminé. Il existe dans cette approche un canon préexistant (il y a initialement « normation ») – qui est quelque part l’objectif initial à atteindre – mais la mise en route du projet d’adaptation à ce modèle provoque son évolution2, intervient alors ce que Foucault nomme le « remplissage stratégique » : il s’agit alors, en dépassant dans l’action l’intention initiale, de repousser sans cesse les limites, de remodeler sans cesse le corps, effectivement quitte à l’excès3.
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  1. Je le remercie d’ailleurs au passage énormément pour sa contribution.
  2. On retrouve la description du « projet » au cœur de la Cité par projets de Boltanski et Chiapello – cfr.  le Nouvel Esprit capitaliste (Gallimard, Paris, 1999).
  3. Comme le note Christophe Mincke, on se rapproche du Culte de la Performance de Alain Ehrenberg (Calman-Lévy, Paris, 1991) et de son approche de la dépression notamment dans L’individu incertain (Calman-Lévy, Paris, 1995).
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Le travail comme perte de soi-même

En ce premier mai, alors que les conservateurs « fêtent » le travail, dans la grande tradition (lancée par Pétain en 1941) de la « fête du travail et de la concorde sociale », rares sont les militant-e-s de gauche qui se souviennent du sens de la commémoration du premier mai, à savoir la tragédie de Haymarket et les procès iniques qui s’ensuivirent1. Mais ce n’est pas le seul aspect qui s’efface des mémoires sous la pression de l’idéologie dominante, caractérisée par une reconstruction de l’histoire célébrant le leadership de quelques « grands hommes » et détruisant le souvenir des luttes – voire, condamnant ex-post tous les mouvements révolutionnaires sous le prétexte de leur « violence » : l’une des questions les plus fondamentales pour les travailleurs est celle que nul, dans les tribunes officielles, n’osera encore poser, à savoir pourquoi travailler ? Tous se contenteront de s’engager pour la création d’emplois, éventuellement pour la réduction de la taxation sur le travail, l’aménagement du temps de travail… Mais sans poser la question de la finalité du travail, comme si cette question était parfaitement résolue : il faut travailler car le travail « c’est important ».

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