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Étiquette : domination

Dire l’horreur. De quelques ambiguïtés d’une démarche de chercheur en éducation populaire.

Cet article constitue une analyse publiée par le Collectif Formation Société en décembre 2015. Il est disponible en format pdf ici. In an act of contrition I lay down by your side It’s not your place to comment On my state of distress For this is for real I’ve tears in my eyes Am I laughing or crying? I suggest…

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Les barbares sont en ville

Les récents « événements » français et danois ont été commentés largement tant dans la presse que sur les blogs : on ne manque pas « d’analyses » qui interrogent les causes des drames, qui appellent à des mesures – qu’elles visent à renforcer les politiques sociales ou à renforcer le contrôle. « Contribuer au débat » (en supposant qu’un débat existe par la juxtaposition des positions,…

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« La prostitution » au spectacle des vanités

Ce texte a été écrit un mois avant qu’une chercheuse, dont j’accompagne les travaux, prenne part à un débat organisé à Namur par les Femmes prévoyantes socialistes, le 31 août 2014. Les diverses réactions suite à ce débat me mènent à croire que ce texte est d’une certaine actualité, raison pour laquelle je le publie aujourd’hui. C’est systématique : dès que…

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Et si on mangeait les bébés pauvres ?

En 1729, Jonathan Swift publiait un pamphlet intitulé « Modeste proposition pour empêcher les enfants des pauvres en Irlande d’être à la charge de leurs parents ou de leur pays et pour les rendre utiles au public » dans lequel il suggérait que, dorénavant, il serait socialement utile d’avoir recours au cannibalisme : pour résoudre la vague de misère terrible…

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Alain Destexhe et la fabrique de l’opinion

Tout a commencé par un billet d’Alain Destexhe, député MR de son état, adressé à Bernard De Vos, Délégué Général aux Droits de l’Enfant : dans ce billet – relayé par la Libre Belgique sans que celle-ci ne s’interroge sur la compatibilité de ce billet avec sa ligne éditoriale, le député utilise préférentiellement le terme « tsigane » au terme « rom1 » (à la manière de Pierre Vial, « théoricien » d’extrême droite français) et enchaîne avec des considérations sur la responsabilité des roms dans leur situation pour in fine asséner l’assertion suivante qui ne manquera pas de faire sourire les plus psychologues d’entre les lecteurs : « Que des enfants dorment dans la rue à Bruxelles à l’été 2013, je trouve cela déplorable, mais je ne “culpabilise” pas pour autant. » Toute l’argumentation de ce billet du député articule une série de « vérités » discutables et des stéréotypes afin de délivrer un message attaquant avec virulence l’action d’une institution de la Fédération Wallonie-Bruxelles. En soi et usuellement, il me semble absolument inutile de commenter largement ce type de propos vu que cela ne fait qu’augmenter leur propagation. Mais je rejoins le journaliste-blogueur Marcel Sel lorsqu’il indique que de tels propos ne peuvent, en même temps, se passer de commentaires2.

En effet, Alain Destexhe n’est pas un député membre d’un parti d’extrême-droite : il se proclame « libéral », et est membre du Mouvement Réformateur (MR), à côté de personnalités telles que Richard Miller ou Françoise Bertieaux. Si je cite ces deux exemples, c’est qu’il s’agit de personnalités qui théorisent fortement le cadre de leur action, qui explicitent les piliers idéologiques qui sous-tendent leur activité parlementaire, n’hésitant pas à citer des références théoriques précises. Le débat politique avec eux prend souvent la tournure de débat d’idées – bien que même dans ce cadre, comme le dit Bourdieu, le débat politique revienne fréquemment à faire du « méta » sur du « méta ».

Mais quel est le fondement idéologique de M. Destexhe ? Dans quelle mesure ces piliers s’articulent-ils en un tout cohérent qui pourrait expliquer le succès électoral de ce député supposément pourfendeur du « politiquement correct », si prompt à dénoncer « les bobos » et les « bien pensants » ?

Dans ce texte, je m’emploie à une première analyse  systématique du discours d’Alain Destexhe, fondée sur les publications de son blog. Je propose, dans une première partie, une approche plus quantitative permettant de mieux appréhender les thèmes et associations les plus courants dans sa littérature. Dans une seconde partie, je montre quelques effets de rhétoriques utilisés par le député MR qui impliquent une certaine difficulté à « labelliser » clairement son positionnement politique. Dans la troisième partie, j’en viens à quelques références théoriques qui sont spécifiques à une certaine classe thématique décrite quelque peu dans la première partie. Enfin, et pour conclure, j’avance quelques hypothèses sur le positionnement et le succès d’Alain Destexhe.

  1. Qui est le terme choisi par les roms pour se désigner eux-mêmes.
  2. http://blog.marcelsel.com/archive/2013/07/18/destexhe-ou-l-imposture-2971932.html
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Ce qui se conçoit bien… (2)

Dans la première partie, nous avons évoqué les mécanismes de diffusion (et d’institution) du discours d’expert au travers des effets d’homologie, qui nécessite ce que j’appelle des « zones d’adhérence », c’est-à-dire la possibilité de recycler d’anciens mythes au travers d’un discours prétendument novateur.

Par exemple, le discours clair de la nouvelle gestion publique opère donc parce qu’il cause des ralliements conscients et inconscients, causés par son adéquation fondamentale avec la structure des rapports de domination qui lui préexiste. Mais s’il s’impose de la sorte, c’est qu’il est également paré d’une apparence de rationalité.

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Ce qui se conçoit bien… (1)

« Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément » – cette formule de Boileau, tirée de l’Art poétique (1674), est des plus populaires : résumant au travers d’une phrase décontextualisée l’injonction à la clarté, elle possède ce double avantage de légitimer le discours dominant et les mécanismes de domination dont il est vecteur. Pourquoi, en effet, une réalité complexe devrait-elle se décrire clairement ? Comment l’analyse d’un fait social pourrait-elle se résumer en mots « simples » sans tomber dans une caricature qui ampute les possibilités de compréhension voire dénature profondément le fait social qu’il s’agit d’analyser ?

Cette injonction à la clarté a comme corollaire celle de l’immédiateté, de la fulgurance dans la réplique : lors d’un débat, celui qui s’exprimera le plus vite et par quelques simplismes remportera la victoire. La rhétorique de la clarté ouvre la voie de toutes les simplifications abusives, de tous les raccourcis triviaux. Le rythme effréné des médias a formaté les discours politiques et ce faisant, poussé les « experts » à développer le même type de communication1. Et comme les experts sont ceux des scientifiques qui « montent », les effets de mode ayant été largement renforcés par les techniques d’évaluation – et donc de promotion – qui valorisent la quantité de textes produits, les chercheurs eux-mêmes en viennent à intégrer ces codes.

  1. Pierre Bourdieu, Sur la télévision, Paris, Liber-Raisons d’agir, 1996.
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Billet de fin du monde

La peur de la fin du monde, l’angoisse ancestrale de la catastrophe ultime, frappe une nouvelle fois : le calendrier maya se terminerait supposément le 21 décembre 2012 et voilà qu’un vent de panique souffle. Les réseaux sociaux débordent de références diverses au cataclysme, les médias commentent depuis plusieurs mois l’hypothèse d’un impact de météorites mettant fin à la « vie (humaine) sur terre », proposent des reportages saisissants sur le business des abris anti-atomiques et autres dispositifs supposés permettre une survie post-apocalyptique… La NASA, débordée d’appels et de mails, a décidé de produire une vidéo intitulée Why the World Didn’t End Yesterday qui explique le principe d’un calendrier cyclique et conclut à l’inanité des prévisions de fin du monde basées sur une lecture erronée et anachronique du calendrier maya. Toute cette agitation semble donc dérisoire et les nombreux scientistes de par le monde scientifique de conclure par des commentaires cyniques rappelant la bêtise des masses : comme l’aurait dit Einstein1, « Only two things are infinite, the universe and human stupidity, and I’m not sure about the former. »

  1. Ce que ces éminents collègues semblent au passage oublier, c’est de vérifier leurs sources : cette citation est attribuée à Einstein par Frederick « Fritz » Perls — psychiatre concepteur d’une psychothérapie proche de la Gestalt. Or la formule initiale tirée d’un bouquin publié au début des années 1940, ne cite pas directement Einstein : ce n’est qu’au fur de livres postérieurs que Perls a mis ces mots dans la bouche du physicien. Voir ici pour plus d’infos : http://quoteinvestigator.com/2010/05/04/universe-einstein/.
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L’homme-machine, hybride sexy

L’injonction à la beauté, beauté définie par des canons publicitaires et donc imaginaires, par les images retouchées des mannequins retravaillés sous les scalpels des chirurgiens esthétiques, s’accompagne d’une injonction toujours croissante à la productivité. Le « capital santé » de chacun doit être « respecté » par lui (« prends soin de toi, use de cosmétiques ») : l’individu-autonome-rationnel-responsable doit minimiser la destruction de son propre organisme (tout en consommant suffisamment pour relancer la croissance) et entraîner sa mécanique pour la garder fonctionnelle 1. Plus encore, le physique adéquat constitue l’un des critères déterminants de l’ascension sociale. Même pour celles et ceux qui sont loin des normes physiques formatées des canons de beauté – ne fût-ce que par leur âge, la décence veut qu’ils et elles retravaillent leur corps pour garantir un minimum de conformité.

  1. François Cusset, Votre capital santé m’intéresse. in Le Monde diplomatique, janvier 2008, p. 28.
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La pornographie comme objet de recherche

Comme le souligne Laurence Rosier dans une Chronique de l’Irrégulière particulièrement jouissive (sob) et portant sur le Sexting, les débats sur la pornographie et son/ses discours sont à la mode dans les milieux académiques. Comme de nombreux sujets soudains « de bon ton », ils voient déferler une kyrielle de spécialistes autoproclamés qui s’emparent du sujet en tentant, à l’occasion de billets brillants, d’obombrer complètement les travaux de celles et ceux qui les ont – de loin – précédés 1.

Souvent, ces travaux nouveaux se focalisent sur l’effet de la pornographie, revenant au bon vieux débat : « est-elle nuisible2 ? » En fonction de leur obédience politique3 les auteurs s’interrogent : la pornographie participe-t-elle de l’assujettissement de la femme, de la déliquescence morale des jeunes, de l’hyper-sexualisation des adolescents ?

Un point commun à ces questionnements : dans cette matière comme dans tant d’autres, les experts décontextualisent (en se consacrant au « porno » comme s’il s’agissait d’un objet d’étude indépendant et unique et à son étude comme s’il s’agissait d’un champ unifié) tout en adoptant la posture « méta » : peu visionnent effectivement les films qu’il s’agit d’analyser, peu lisent les scénarii dont il s’agit d’étudier l’effet performatif. Aucun ne propose une typologie, rares sont les critiques approfondies de corpus.

  1. Rappelons par exemple les travaux de Judith Butler sur le thème, qui datent des années 90.
  2. La question se restreint parfois à questionner l’existence d’un effet – voir http://penseedudiscours.hypotheses.org/6729.
  3. Non-assumée et non-explicite, car la plupart des commentateurs-experts contribuent au mythe du savant neutre et objectif.
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