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Étiquette : contrôle

Agiter ses chaînes, comme des bijoux

Cet article est initialement paru sur le blog e-Mois de la Revue nouvelle. Dans la foulée des attentats parisiens et des « événements » bruxellois, nombre d’intellectuels sont intervenus dans le débat public pour offrir des « décryptages », des « décodages sur le vif » et autres analyses « instantanées » de l’actualité. Parmi eux, nombreux sont ceux qui ont proposé un éclairage pour le moins « en…

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Lire cet article expose à un risque de radicalisation

Ce billet est initialement paru en mars sur le blog e-Mois de la Revue nouvelle. Une version abrégée a également été publiée comme éditorial du N°3 de la Revue en avril 2015. À la suite des attentats de Bruxelles, Paris et Copenhague, de l’opération policière verviétoise, des départs vers la Syrie de « jeunes candidats au djihad » paraît-il nombreux1, le débat…

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Les barbares sont en ville

Les récents « événements » français et danois ont été commentés largement tant dans la presse que sur les blogs : on ne manque pas « d’analyses » qui interrogent les causes des drames, qui appellent à des mesures – qu’elles visent à renforcer les politiques sociales ou à renforcer le contrôle. « Contribuer au débat » (en supposant qu’un débat existe par la juxtaposition des positions,…

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« La prostitution » au spectacle des vanités

Ce texte a été écrit un mois avant qu’une chercheuse, dont j’accompagne les travaux, prenne part à un débat organisé à Namur par les Femmes prévoyantes socialistes, le 31 août 2014. Les diverses réactions suite à ce débat me mènent à croire que ce texte est d’une certaine actualité, raison pour laquelle je le publie aujourd’hui. C’est systématique : dès que…

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Langue nationale et noblesse d’état (2)

Dans la première partie de cet article, nous avons vu quel était le sens de l’établissement d’une Académie chargée de définir la langue d’État en France, sens qu’il faut trouver dans deux missions « orthopédiques » : le « dressage » du langage pour susciter une unité nationale et le contrôle de la création littéraire pour éviter la contestation. Nous avons évoqué cette fameuse…

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Les squats, lieux de non-droit ?

L’expulsion manu militari d’environ 150 personnes – dont une frange non-négligeable de personnes particulièrement fragilisées : personnes âgées, familles (et donc enfants, composant plus de la moitié du nombre d’expulsés) – du squat de l’église du « Gesù » à Saint-Josse, s’est opérée au nom de la « restauration de l’ordre public ». Le bourgmestre (PS) Emir Kir, à l’origine de l’expulsion, déclare en effet :…

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Contrôle, performances et gouvernance

On ne manque pas aujourd’hui de ressources critiquant le modèle de nouvelle gouvernance dérivé du management des années 80, que ce soit dans une optique plutôt appliquée, centrée sur les individus1 ou dans une optique plus théorique, autour des systèmes d’idées2 ou des modes de régulation des comportements3.

Pourtant, force est de constater que certains poncifs, certaines « grandes recettes magiques » censées augmenter la « performance des organisations » continuent à être appliquées très largement dans un secteur public en cours d’effritement, causant fréquemment d’importants dysfonctionnements structurels. Dans ce contexte, rappeler quelques évidences n’est pas forcément inutile.

1. L’origine du mal : le paradigme individualiste

Généralement, les dysfonctionnements d’une administration ne sont pas liés aux performances individuelles mais aux procédures et à la multiplication des niveaux de « légitimation » d’une décision, que ce soit par l’obligation « règlementaire » d’obtenir l’approbation d’une large hiérarchie formelle ou par l’existence d’un régime de normalisation liée à une hiérarchie « mixte » (formelle et informelle) – par exemple, il n’est pas formellement nécessaire d’avoir l’accord d’un expert mais vu la reconnaissance de son expertise dans l’organisation, son influence permet une plus grande légitimation de la décision et en pratique, tout le monde le consulte. De plus, la multiplication des intervenants de même niveau hiérarchique vers le « sommet » d’une organisation administrative pyramidale « traditionnelle » augmente les risques de divergences liées non plus à l’objet de décision mais à des enjeux généraux de pouvoir (lutte entre deux services).

  1. Voir par exemple, Vincent de Gaulejac, Travail, les raisons de la colère, Paris, Seuil, 2011 ; Vincent de Gaulejac & Nicole Aubert, Le Coût de l’excellence, Paris, Seuil, 1991.
  2. Luc Boltanski & Eve Chiapello, Le nouvel esprit du capitalisme, Paris, Gallimard, 1999
  3. Béatrice Hibou, La bureaucratisation du monde à l’ère néolibérale, Paris, La Découverte, 2012
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Retour sur l’hybride sexy

Il y a de cela quelques mois, je publiais ici un billet intitulé l’homme-machine, hybride sexy. Suite à un commentaire de Christophe Mincke1 il me semble utile d’en revenir à mon hybride sexy; pour en affûter la description.

La première question que je voudrais aborder est celle de l’existence d’un canon, d’un modèle existant préalablement et imposé, provoquant l’entreprise de formatage du corps que j’ai brièvement décrite. Christophe Mincke écrit en effet :

Je me demande aussi si le corps est soumis à un formatage – ce qui suppose un modèle préexistant – ou si l’impératif n’est pas, plus largement, celui d’un projet corporel. L’important est de participer à un projet corporel, qu’il s’agisse de musculation, de changement de sexe ou d’esthétisation du corps (tatouages, piercings et autres transformations). Finalement, le corps n’est plus une réalité, il est un message qu’il faut formuler. Dans ce cadre, le formatage précis importe moins que la création du signe adéquat aux circonstances.

Il me semble que le mécanisme de formatage s’applique par rapport à un modèle évolutif. Il s’agit pour moi d’un mécanisme de normalisation – au sens de Michel Foucault : c’est-à-dire de formatage par rapport à une norme qui émerge par des effets d’accumulation statistique et par des mécanismes de rapports de force liés aux luttes de classements, qui définissent les critères de la distinction et donc de la reconnaissance par un groupe social déterminé. Il existe dans cette approche un canon préexistant (il y a initialement « normation ») – qui est quelque part l’objectif initial à atteindre – mais la mise en route du projet d’adaptation à ce modèle provoque son évolution2, intervient alors ce que Foucault nomme le « remplissage stratégique » : il s’agit alors, en dépassant dans l’action l’intention initiale, de repousser sans cesse les limites, de remodeler sans cesse le corps, effectivement quitte à l’excès3.

  1. Je le remercie d’ailleurs au passage énormément pour sa contribution.
  2. On retrouve la description du « projet » au cœur de la Cité par projets de Boltanski et Chiapello – cfr.  le Nouvel Esprit capitaliste (Gallimard, Paris, 1999).
  3. Comme le note Christophe Mincke, on se rapproche du Culte de la Performance de Alain Ehrenberg (Calman-Lévy, Paris, 1991) et de son approche de la dépression notamment dans L’individu incertain (Calman-Lévy, Paris, 1995).
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Ce qui se conçoit bien… (2)

Dans la première partie, nous avons évoqué les mécanismes de diffusion (et d’institution) du discours d’expert au travers des effets d’homologie, qui nécessite ce que j’appelle des « zones d’adhérence », c’est-à-dire la possibilité de recycler d’anciens mythes au travers d’un discours prétendument novateur.

Par exemple, le discours clair de la nouvelle gestion publique opère donc parce qu’il cause des ralliements conscients et inconscients, causés par son adéquation fondamentale avec la structure des rapports de domination qui lui préexiste. Mais s’il s’impose de la sorte, c’est qu’il est également paré d’une apparence de rationalité.

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L’homme-machine, hybride sexy

L’injonction à la beauté, beauté définie par des canons publicitaires et donc imaginaires, par les images retouchées des mannequins retravaillés sous les scalpels des chirurgiens esthétiques, s’accompagne d’une injonction toujours croissante à la productivité. Le « capital santé » de chacun doit être « respecté » par lui (« prends soin de toi, use de cosmétiques ») : l’individu-autonome-rationnel-responsable doit minimiser la destruction de son propre organisme (tout en consommant suffisamment pour relancer la croissance) et entraîner sa mécanique pour la garder fonctionnelle 1. Plus encore, le physique adéquat constitue l’un des critères déterminants de l’ascension sociale. Même pour celles et ceux qui sont loin des normes physiques formatées des canons de beauté – ne fût-ce que par leur âge, la décence veut qu’ils et elles retravaillent leur corps pour garantir un minimum de conformité.

  1. François Cusset, Votre capital santé m’intéresse. in Le Monde diplomatique, janvier 2008, p. 28.
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Du plagiat étudiant dans la nouvelle université capitaliste

Avertissement : ce billet s’inspire librement du « Mode d’emploi du détournement » de Debord et Wolman. Cependant, le conformisme à l’académisme scholastique imposé par mon statut m’a poussé à citer quelques-uns des scientifiques qui pourraient, le cas échéant, n’apprécier que très modérément de voir leurs propos délibérément plagiés.

Les étudiants plagient : telle est la certitude de nombre de professeurs et chercheurs, bref, d’universitaires chargés « d’encadrer » les étudiants. Il s’agirait là d’une tendance dont l’ampleur est, d’après plusieurs collègues, supposément au moins aussi importante que celle du phénomène des « étudiants touristes », voire plus dramatique encore. Les travaux de sociologues et économistes américains, experts du phénomène, « estiment entre un quart et un tiers la proportion d’étudiants ayant produit un travail reprenant quelques phrases sur Internet sans en fournir la source1. » Nous ne perdrons pas ici de temps à démonter la méthodologie des travaux en question, tel n’est pas notre propos. Cependant, il est un élément que nous devons souligner : il n’existe aucune définition claire de ce qu’est le plagiat et donc de manière univoque de déterminer ce qu’est un « plagieur ».

  1. Guibert Pascal et Michaut Christophe, Le plagiat étudiant, in Éducation et sociétés, 2011, 28 (2), pp. 149-163.
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