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Étiquette : capitalisme

Le travail comme perte de soi-même

En ce premier mai, alors que les conservateurs « fêtent » le travail, dans la grande tradition (lancée par Pétain en 1941) de la « fête du travail et de la concorde sociale », rares sont les militant-e-s de gauche qui se souviennent du sens de la commémoration du premier mai, à savoir la tragédie de Haymarket et les procès iniques qui s’ensuivirent1. Mais ce n’est pas le seul aspect qui s’efface des mémoires sous la pression de l’idéologie dominante, caractérisée par une reconstruction de l’histoire célébrant le leadership de quelques « grands hommes » et détruisant le souvenir des luttes – voire, condamnant ex-post tous les mouvements révolutionnaires sous le prétexte de leur « violence » : l’une des questions les plus fondamentales pour les travailleurs est celle que nul, dans les tribunes officielles, n’osera encore poser, à savoir pourquoi travailler ? Tous se contenteront de s’engager pour la création d’emplois, éventuellement pour la réduction de la taxation sur le travail, l’aménagement du temps de travail… Mais sans poser la question de la finalité du travail, comme si cette question était parfaitement résolue : il faut travailler car le travail « c’est important ».

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Billet de fin du monde

La peur de la fin du monde, l’angoisse ancestrale de la catastrophe ultime, frappe une nouvelle fois : le calendrier maya se terminerait supposément le 21 décembre 2012 et voilà qu’un vent de panique souffle. Les réseaux sociaux débordent de références diverses au cataclysme, les médias commentent depuis plusieurs mois l’hypothèse d’un impact de météorites mettant fin à la « vie (humaine) sur terre », proposent des reportages saisissants sur le business des abris anti-atomiques et autres dispositifs supposés permettre une survie post-apocalyptique… La NASA, débordée d’appels et de mails, a décidé de produire une vidéo intitulée Why the World Didn’t End Yesterday qui explique le principe d’un calendrier cyclique et conclut à l’inanité des prévisions de fin du monde basées sur une lecture erronée et anachronique du calendrier maya. Toute cette agitation semble donc dérisoire et les nombreux scientistes de par le monde scientifique de conclure par des commentaires cyniques rappelant la bêtise des masses : comme l’aurait dit Einstein1, « Only two things are infinite, the universe and human stupidity, and I’m not sure about the former. » Continuer Billet de fin du monde

  1. Ce que ces éminents collègues semblent au passage oublier, c’est de vérifier leurs sources : cette citation est attribuée à Einstein par Frederick « Fritz » Perls — psychiatre concepteur d’une psychothérapie proche de la Gestalt. Or la formule initiale tirée d’un bouquin publié au début des années 1940, ne cite pas directement Einstein : ce n’est qu’au fur de livres postérieurs que Perls a mis ces mots dans la bouche du physicien. Voir ici pour plus d’infos : http://quoteinvestigator.com/2010/05/04/universe-einstein/.
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L’homme-machine, hybride sexy

L’injonction à la beauté, beauté définie par des canons publicitaires et donc imaginaires, par les images retouchées des mannequins retravaillés sous les scalpels des chirurgiens esthétiques, s’accompagne d’une injonction toujours croissante à la productivité. Le « capital santé » de chacun doit être « respecté » par lui (« prends soin de toi, use de cosmétiques ») : l’individu-autonome-rationnel-responsable doit minimiser la destruction de son propre organisme (tout en consommant suffisamment pour relancer la croissance) et entraîner sa mécanique pour la garder fonctionnelle 1. Plus encore, le physique adéquat constitue l’un des critères déterminants de l’ascension sociale. Même pour celles et ceux qui sont loin des normes physiques formatées des canons de beauté – ne fût-ce que par leur âge, la décence veut qu’ils et elles retravaillent leur corps pour garantir un minimum de conformité. Continuer L’homme-machine, hybride sexy

  1. François Cusset, Votre capital santé m’intéresse. in Le Monde diplomatique, janvier 2008, p. 28.
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La pornographie comme objet de recherche

Comme le souligne Laurence Rosier dans une Chronique de l’Irrégulière particulièrement jouissive (sob) et portant sur le Sexting, les débats sur la pornographie et son/ses discours sont à la mode dans les milieux académiques. Comme de nombreux sujets soudains « de bon ton », ils voient déferler une kyrielle de spécialistes autoproclamés qui s’emparent du sujet en tentant, à l’occasion de billets brillants, d’obombrer complètement les travaux de celles et ceux qui les ont – de loin – précédés 1.

Souvent, ces travaux nouveaux se focalisent sur l’effet de la pornographie, revenant au bon vieux débat : « est-elle nuisible2 ? » En fonction de leur obédience politique3 les auteurs s’interrogent : la pornographie participe-t-elle de l’assujettissement de la femme, de la déliquescence morale des jeunes, de l’hyper-sexualisation des adolescents ?

Un point commun à ces questionnements : dans cette matière comme dans tant d’autres, les experts décontextualisent (en se consacrant au « porno » comme s’il s’agissait d’un objet d’étude indépendant et unique et à son étude comme s’il s’agissait d’un champ unifié) tout en adoptant la posture « méta » : peu visionnent effectivement les films qu’il s’agit d’analyser, peu lisent les scénarii dont il s’agit d’étudier l’effet performatif. Aucun ne propose une typologie, rares sont les critiques approfondies de corpus. Continuer La pornographie comme objet de recherche

  1. Rappelons par exemple les travaux de Judith Butler sur le thème, qui datent des années 90.
  2. La question se restreint parfois à questionner l’existence d’un effet – voir http://penseedudiscours.hypotheses.org/6729.
  3. Non-assumée et non-explicite, car la plupart des commentateurs-experts contribuent au mythe du savant neutre et objectif.
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Repenser l’université pour lutter contre la marchandisation universitaire

Lorsqu’il s’agit de discuter la manière dont doit être menée la lutte au sein des universités pour résister à l’évolution marchande qu’elles subissent, le « refus de l’excellence » devient leitmotiv1. Voilà donc l’ennemi nommé : l’excellence. Mais contrairement aux démons qu’il suffit de désigner par leur vrai nom pour qu’ils quittent les hôtes qu’ils possèdent, l’évocation du mot « excellence » n’a en l’occurrence aucun effet pour contrer la marchandisation universitaire… Continuer Repenser l’université pour lutter contre la marchandisation universitaire

  1. Ce texte fait suite à la demande d’un camarade de rendre publics quelques arguments échangés avec lui. Il ne reprend cependant que quelques éléments d’un texte bien plus complet, à paraître fin novembre.
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Du plagiat étudiant dans la nouvelle université capitaliste

Avertissement : ce billet s’inspire librement du « Mode d’emploi du détournement » de Debord et Wolman. Cependant, le conformisme à l’académisme scholastique imposé par mon statut m’a poussé à citer quelques-uns des scientifiques qui pourraient, le cas échéant, n’apprécier que très modérément de voir leurs propos délibérément plagiés.

Les étudiants plagient : telle est la certitude de nombre de professeurs et chercheurs, bref, d’universitaires chargés « d’encadrer » les étudiants. Il s’agirait là d’une tendance dont l’ampleur est, d’après plusieurs collègues, supposément au moins aussi importante que celle du phénomène des « étudiants touristes », voire plus dramatique encore. Les travaux de sociologues et économistes américains, experts du phénomène, « estiment entre un quart et un tiers la proportion d’étudiants ayant produit un travail reprenant quelques phrases sur Internet sans en fournir la source1. » Nous ne perdrons pas ici de temps à démonter la méthodologie des travaux en question, tel n’est pas notre propos. Cependant, il est un élément que nous devons souligner : il n’existe aucune définition claire de ce qu’est le plagiat et donc de manière univoque de déterminer ce qu’est un « plagieur ».

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  1. Guibert Pascal et Michaut Christophe, Le plagiat étudiant, in Éducation et sociétés, 2011, 28 (2), pp. 149-163.
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