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Mauvaises graines Posts

L’homme-machine, hybride sexy

L’injonction à la beauté, beauté définie par des canons publicitaires et donc imaginaires, par les images retouchées des mannequins retravaillés sous les scalpels des chirurgiens esthétiques, s’accompagne d’une injonction toujours croissante à la productivité. Le « capital santé » de chacun doit être « respecté » par lui (« prends soin de toi, use de cosmétiques ») : l’individu-autonome-rationnel-responsable doit minimiser la destruction de son propre organisme (tout en consommant suffisamment pour relancer la croissance) et entraîner sa mécanique pour la garder fonctionnelle 1. Plus encore, le physique adéquat constitue l’un des critères déterminants de l’ascension sociale. Même pour celles et ceux qui sont loin des normes physiques formatées des canons de beauté – ne fût-ce que par leur âge, la décence veut qu’ils et elles retravaillent leur corps pour garantir un minimum de conformité.

  1. François Cusset, Votre capital santé m’intéresse. in Le Monde diplomatique, janvier 2008, p. 28.
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Injonctions alimentaires et logiques marchandes

A l’occasion du colloque « Le Manger et le Dire » qui s’est tenu en cette fin de septembre à l’ULB, des étudiants en linguistique ont présenté leurs travaux fascinants sur les injonctions alimentaires intitulé – fort à propos : « Mange et tais-toi1 ! »

Il s’agit d’un travail consacré aux injonctions parentales visant à faire manger les enfants, consacré pour l’essentiel aux formules de persuasion. Sur base d’interviews et de questionnaires, passés dans le cadre de trois écoles différentes – dont les populations offrent des caractéristiques très variées, ils ont établi une revue impressionnante de formules avant de les classer en une série de types. De la typologie ainsi obtenue, je ne retiendrai pour le présent billet que la question de la négociation et en particulier, la question du « fractionnement » : il s’agit de ces injonctions du type « encore 5 cuillères et tu as fini » (Fontana et al., 2012, p. 4).

  1. Esther Fontana, Margaux Lauwaert, Nicolas Leblanc, Isabelle Lorge et Martina Seré, Mange et tais-toi !, travail réalisé dans le cadre du cours « Sociolinguistique et analyse du discours » de Laurence Rosier – ULB, 2012, 33 pages.
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La pornographie comme objet de recherche

Comme le souligne Laurence Rosier dans une Chronique de l’Irrégulière particulièrement jouissive (sob) et portant sur le Sexting, les débats sur la pornographie et son/ses discours sont à la mode dans les milieux académiques. Comme de nombreux sujets soudains « de bon ton », ils voient déferler une kyrielle de spécialistes autoproclamés qui s’emparent du sujet en tentant, à l’occasion de billets brillants, d’obombrer complètement les travaux de celles et ceux qui les ont – de loin – précédés 1.

Souvent, ces travaux nouveaux se focalisent sur l’effet de la pornographie, revenant au bon vieux débat : « est-elle nuisible2 ? » En fonction de leur obédience politique3 les auteurs s’interrogent : la pornographie participe-t-elle de l’assujettissement de la femme, de la déliquescence morale des jeunes, de l’hyper-sexualisation des adolescents ?

Un point commun à ces questionnements : dans cette matière comme dans tant d’autres, les experts décontextualisent (en se consacrant au « porno » comme s’il s’agissait d’un objet d’étude indépendant et unique et à son étude comme s’il s’agissait d’un champ unifié) tout en adoptant la posture « méta » : peu visionnent effectivement les films qu’il s’agit d’analyser, peu lisent les scénarii dont il s’agit d’étudier l’effet performatif. Aucun ne propose une typologie, rares sont les critiques approfondies de corpus.

  1. Rappelons par exemple les travaux de Judith Butler sur le thème, qui datent des années 90.
  2. La question se restreint parfois à questionner l’existence d’un effet – voir http://penseedudiscours.hypotheses.org/6729.
  3. Non-assumée et non-explicite, car la plupart des commentateurs-experts contribuent au mythe du savant neutre et objectif.
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Repenser l’université pour lutter contre la marchandisation universitaire

Lorsqu’il s’agit de discuter la manière dont doit être menée la lutte au sein des universités pour résister à l’évolution marchande qu’elles subissent, le « refus de l’excellence » devient leitmotiv1. Voilà donc l’ennemi nommé : l’excellence. Mais contrairement aux démons qu’il suffit de désigner par leur vrai nom pour qu’ils quittent les hôtes qu’ils possèdent, l’évocation du mot « excellence » n’a en l’occurrence aucun effet pour contrer la marchandisation universitaire…

  1. Ce texte fait suite à la demande d’un camarade de rendre publics quelques arguments échangés avec lui. Il ne reprend cependant que quelques éléments d’un texte bien plus complet, à paraître fin novembre.
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Du plagiat étudiant dans la nouvelle université capitaliste

Avertissement : ce billet s’inspire librement du « Mode d’emploi du détournement » de Debord et Wolman. Cependant, le conformisme à l’académisme scholastique imposé par mon statut m’a poussé à citer quelques-uns des scientifiques qui pourraient, le cas échéant, n’apprécier que très modérément de voir leurs propos délibérément plagiés.

Les étudiants plagient : telle est la certitude de nombre de professeurs et chercheurs, bref, d’universitaires chargés « d’encadrer » les étudiants. Il s’agirait là d’une tendance dont l’ampleur est, d’après plusieurs collègues, supposément au moins aussi importante que celle du phénomène des « étudiants touristes », voire plus dramatique encore. Les travaux de sociologues et économistes américains, experts du phénomène, « estiment entre un quart et un tiers la proportion d’étudiants ayant produit un travail reprenant quelques phrases sur Internet sans en fournir la source1. » Nous ne perdrons pas ici de temps à démonter la méthodologie des travaux en question, tel n’est pas notre propos. Cependant, il est un élément que nous devons souligner : il n’existe aucune définition claire de ce qu’est le plagiat et donc de manière univoque de déterminer ce qu’est un « plagieur ».

  1. Guibert Pascal et Michaut Christophe, Le plagiat étudiant, in Éducation et sociétés, 2011, 28 (2), pp. 149-163.
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De la crédibilité et de la militance joyeuse

A l’occasion de chaque grève, chaque blocage, chaque action d’une composante du mouvement social, les échanges sur le caractère « crédible » d’une revendication ou d’un mode d’action sont légions. « Ces étudiants qui bloquent un auditoire à cinq en hurlant ‘privatisation piège à cons’ ne sont pas crédibles », m’affirmait récemment un collègue arborant une mine grave, usant pour asséner son jugement du ton docte du chercheur-expert-spécialiste, celui ‘qui sait’. En effet, pour le chercheur-expert-spécialiste, un slogan de cet ordre scandé par une poignée de militants est vu comme nécessairement simpliste, démago, populiste et, plus atroce encore, il « manque de sérieux… ». Et le chercheur-expert-spécialiste de conclure, avec toute l’assurance que son statut implique : « à mon avis, bloquer un bâtiment, pour eux, c’est un jeu, un amusement. »

Par ce verdict, mon éminent collègue entend balayer d’un revers de la main toutes les revendications de ces étudiants, toutes les interrogations que pourraient susciter leur action : infantilisant au passage les étudiants-militants, il les disqualifie tout simplement en arguant de leur plaisir affiché à mener une action.

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Participation citoyenne et violence symbolique

Ce petit article fait suite à ma participation à un débat qui s’est tenu le 4 avril 2012 dans le cadre de l’université de printemps de l’École de Santé publique de l’ULB. Il s’agissait en l’occurrence de discuter de la participation citoyenne et d’une initiative en particulier… J’y ai cependant ajouté quelques exemples et intégré quelques éléments complémentaires de réflexion, afin essentiellement de clarifier mon propos.

Il est impossible, et il serait intellectuellement malhonnête, de prétendre analyser un projet participatif sur base d’un seul exposé. S’il me fallait agir en scientifique, je prendrais le temps d’interviewer chacun des participants, chacun des organisateurs, chacun des bailleurs de fonds. Je confronterais ces points de vue, je comparerais les objectifs, les attentes et l’évaluation de chacune de ces catégories d’acteurs. Tel n’est pas l’objet de l’analyse que je propose aujourd’hui et j’invite dès lors chacune et chacun à en fournir une critique acerbe.

Le titre du débat est « Participation : pot de terre et le pot de fer ? ». En effet, dès que l’on parle de participation, se pose la question des rapports de forces politiques. Mais au-delà de cette dimension évidente, ce sont véritablement les rapports sociaux et les enjeux de domination dont ils sont porteurs qui dans ce contexte se voient revêtir d’une importance particulière. En la matière, les initiatives se réclamant de la participation citoyenne méritent un examen attentif : permettent-elles de mieux dévoiler ces rapports de domination, permettent-elles parce qu’elles décodent les mythes socialement inculqués, d’appréhender les « règles du jeu » qui font que la position sociale de chacun est révélée jusque dans ses habitudes alimentaires ?

Je voudrais insister sur cette dimension des habitudes alimentaires, puisque le projet qu’il s’agit de commenter a permis à une vingtaine de femmes issues de l’immigration et en cours d’alphabétisation d’une part de développer des recettes et d’autre part d’en faire un livre, avec l’aide de nutritionnistes et d’autres types d’encadrants.

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Pourquoi un blog ?

Il y a de cela près de 2 ans, je fermais définitivement un blog personnel et me jurais que jamais, plus jamais, on ne m’y reprendrait. Mon constat était en effet plutôt amer : outre un bilan sous forme d’autocritique qui me fit me rendre compte de la pauvreté de certains contenus que j’avais mis en ligne, je dus aussi constater mon incapacité à trouver encore un intérêt à l’exercice.

Derrière le caractère fondamentalement exhibitionniste de ce genre d’outils de publication, il y a dans l’usage du blog une forme exacerbée de fascination pour soi-même, de narcissisme outrancier : ce que je pense me semble tellement intéressant que je dois en faire part à la terre entière. Plus encore, le format et l’habituation à « l’écriture web » poussent à la brièveté et donc à l’autocaricature de cette pensée dont l’auteur la croit à ce point digne d’intérêt qu’il se sent habilité à en faire étalage urbi et orbi.

Le web regorge donc de ce fast-thinking, cette pensée préformatée, réductionniste et exprimée avec le ton impérieux des statuts facebook et autres tweets. La brièveté du propos – et bien sûr, lesdits tweets sont en la matière des exemples paradigmatiques – va de pair avec le fait de surfer sur les codes dominants, de procéder par des assimilations parfaitement inculquées par l’idéologie dominante – par exemple, communiste-conservateur, marxisme-productivisme, science-progrès, écologie-environnement, virilité-bon politique…

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