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Mauvaises graines Posts

Langue nationale et noblesse d’état (2)

Dans la première partie de cet article, nous avons vu quel était le sens de l’établissement d’une Académie chargée de définir la langue d’État en France, sens qu’il faut trouver dans deux missions « orthopédiques » : le « dressage » du langage pour susciter une unité nationale et le contrôle de la création littéraire pour éviter la contestation. Nous avons évoqué cette fameuse…

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Langue nationale et noblesse d’état (1)

L’entrée d’Alain Finkielkraut à l’Académie française n’en finit plus de faire couler l’encre de ses opposants. Certains y voient une rupture dans la tradition de l’Académie, rappelant qui Marguerite Yourcenar, qui Amin Maalouf à la rescousse d’un prétendu progressisme de cette Institution, « menacé » par la promotion de M. Finkielkraut au rang « d’immortel ». Il n’est pas inintéressant de se poser la…

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Gouvernance et renoncement

À la suite d’un débat1 organisé par le cercle du Libre examen de l’Université libre de Bruxelles et par un très grand nombre de cercles et associations étudiantes portant sur la réforme de la gouvernance institutionnelle de l’ULB, il m’a semblé utile de revenir sur quelques notions qui ont émaillé les discours des acteurs en présence. En effet, une partie…

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Le travail comme mythe

La « valeur travail » est décidément une préoccupation de l’époque, cristallisant l’attention politique à droite comme à gauche. Ainsi, le 13 novembre 2012, à l’occasion de sa première conférence de presse en tant que président, François Hollande se voulut-il le porte-parole des « préoccupations des français » en ces termes : « Que va-t-il advenir de mon emploi, de mon logement ? Quelle est…

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Et si on mangeait les bébés pauvres ?

En 1729, Jonathan Swift publiait un pamphlet intitulé « Modeste proposition pour empêcher les enfants des pauvres en Irlande d’être à la charge de leurs parents ou de leur pays et pour les rendre utiles au public » dans lequel il suggérait que, dorénavant, il serait socialement utile d’avoir recours au cannibalisme : pour résoudre la vague de misère terrible…

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Les squats, lieux de non-droit ?

L’expulsion manu militari d’environ 150 personnes – dont une frange non-négligeable de personnes particulièrement fragilisées : personnes âgées, familles (et donc enfants, composant plus de la moitié du nombre d’expulsés) – du squat de l’église du « Gesù » à Saint-Josse, s’est opérée au nom de la « restauration de l’ordre public ». Le bourgmestre (PS) Emir Kir, à l’origine de l’expulsion, déclare en effet :…

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Contrôle, performances et gouvernance

On ne manque pas aujourd’hui de ressources critiquant le modèle de nouvelle gouvernance dérivé du management des années 80, que ce soit dans une optique plutôt appliquée, centrée sur les individus1 ou dans une optique plus théorique, autour des systèmes d’idées2 ou des modes de régulation des comportements3.

Pourtant, force est de constater que certains poncifs, certaines « grandes recettes magiques » censées augmenter la « performance des organisations » continuent à être appliquées très largement dans un secteur public en cours d’effritement, causant fréquemment d’importants dysfonctionnements structurels. Dans ce contexte, rappeler quelques évidences n’est pas forcément inutile.

1. L’origine du mal : le paradigme individualiste

Généralement, les dysfonctionnements d’une administration ne sont pas liés aux performances individuelles mais aux procédures et à la multiplication des niveaux de « légitimation » d’une décision, que ce soit par l’obligation « règlementaire » d’obtenir l’approbation d’une large hiérarchie formelle ou par l’existence d’un régime de normalisation liée à une hiérarchie « mixte » (formelle et informelle) – par exemple, il n’est pas formellement nécessaire d’avoir l’accord d’un expert mais vu la reconnaissance de son expertise dans l’organisation, son influence permet une plus grande légitimation de la décision et en pratique, tout le monde le consulte. De plus, la multiplication des intervenants de même niveau hiérarchique vers le « sommet » d’une organisation administrative pyramidale « traditionnelle » augmente les risques de divergences liées non plus à l’objet de décision mais à des enjeux généraux de pouvoir (lutte entre deux services).

  1. Voir par exemple, Vincent de Gaulejac, Travail, les raisons de la colère, Paris, Seuil, 2011 ; Vincent de Gaulejac & Nicole Aubert, Le Coût de l’excellence, Paris, Seuil, 1991.
  2. Luc Boltanski & Eve Chiapello, Le nouvel esprit du capitalisme, Paris, Gallimard, 1999
  3. Béatrice Hibou, La bureaucratisation du monde à l’ère néolibérale, Paris, La Découverte, 2012
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Alain Destexhe et la fabrique de l’opinion

Tout a commencé par un billet d’Alain Destexhe, député MR de son état, adressé à Bernard De Vos, Délégué Général aux Droits de l’Enfant : dans ce billet – relayé par la Libre Belgique sans que celle-ci ne s’interroge sur la compatibilité de ce billet avec sa ligne éditoriale, le député utilise préférentiellement le terme « tsigane » au terme « rom1 » (à la manière de Pierre Vial, « théoricien » d’extrême droite français) et enchaîne avec des considérations sur la responsabilité des roms dans leur situation pour in fine asséner l’assertion suivante qui ne manquera pas de faire sourire les plus psychologues d’entre les lecteurs : « Que des enfants dorment dans la rue à Bruxelles à l’été 2013, je trouve cela déplorable, mais je ne “culpabilise” pas pour autant. » Toute l’argumentation de ce billet du député articule une série de « vérités » discutables et des stéréotypes afin de délivrer un message attaquant avec virulence l’action d’une institution de la Fédération Wallonie-Bruxelles. En soi et usuellement, il me semble absolument inutile de commenter largement ce type de propos vu que cela ne fait qu’augmenter leur propagation. Mais je rejoins le journaliste-blogueur Marcel Sel lorsqu’il indique que de tels propos ne peuvent, en même temps, se passer de commentaires2.

En effet, Alain Destexhe n’est pas un député membre d’un parti d’extrême-droite : il se proclame « libéral », et est membre du Mouvement Réformateur (MR), à côté de personnalités telles que Richard Miller ou Françoise Bertieaux. Si je cite ces deux exemples, c’est qu’il s’agit de personnalités qui théorisent fortement le cadre de leur action, qui explicitent les piliers idéologiques qui sous-tendent leur activité parlementaire, n’hésitant pas à citer des références théoriques précises. Le débat politique avec eux prend souvent la tournure de débat d’idées – bien que même dans ce cadre, comme le dit Bourdieu, le débat politique revienne fréquemment à faire du « méta » sur du « méta ».

Mais quel est le fondement idéologique de M. Destexhe ? Dans quelle mesure ces piliers s’articulent-ils en un tout cohérent qui pourrait expliquer le succès électoral de ce député supposément pourfendeur du « politiquement correct », si prompt à dénoncer « les bobos » et les « bien pensants » ?

Dans ce texte, je m’emploie à une première analyse  systématique du discours d’Alain Destexhe, fondée sur les publications de son blog. Je propose, dans une première partie, une approche plus quantitative permettant de mieux appréhender les thèmes et associations les plus courants dans sa littérature. Dans une seconde partie, je montre quelques effets de rhétoriques utilisés par le député MR qui impliquent une certaine difficulté à « labelliser » clairement son positionnement politique. Dans la troisième partie, j’en viens à quelques références théoriques qui sont spécifiques à une certaine classe thématique décrite quelque peu dans la première partie. Enfin, et pour conclure, j’avance quelques hypothèses sur le positionnement et le succès d’Alain Destexhe.

  1. Qui est le terme choisi par les roms pour se désigner eux-mêmes.
  2. http://blog.marcelsel.com/archive/2013/07/18/destexhe-ou-l-imposture-2971932.html
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Retour sur l’hybride sexy

Il y a de cela quelques mois, je publiais ici un billet intitulé l’homme-machine, hybride sexy. Suite à un commentaire de Christophe Mincke1 il me semble utile d’en revenir à mon hybride sexy; pour en affûter la description.

La première question que je voudrais aborder est celle de l’existence d’un canon, d’un modèle existant préalablement et imposé, provoquant l’entreprise de formatage du corps que j’ai brièvement décrite. Christophe Mincke écrit en effet :

Je me demande aussi si le corps est soumis à un formatage – ce qui suppose un modèle préexistant – ou si l’impératif n’est pas, plus largement, celui d’un projet corporel. L’important est de participer à un projet corporel, qu’il s’agisse de musculation, de changement de sexe ou d’esthétisation du corps (tatouages, piercings et autres transformations). Finalement, le corps n’est plus une réalité, il est un message qu’il faut formuler. Dans ce cadre, le formatage précis importe moins que la création du signe adéquat aux circonstances.

Il me semble que le mécanisme de formatage s’applique par rapport à un modèle évolutif. Il s’agit pour moi d’un mécanisme de normalisation – au sens de Michel Foucault : c’est-à-dire de formatage par rapport à une norme qui émerge par des effets d’accumulation statistique et par des mécanismes de rapports de force liés aux luttes de classements, qui définissent les critères de la distinction et donc de la reconnaissance par un groupe social déterminé. Il existe dans cette approche un canon préexistant (il y a initialement « normation ») – qui est quelque part l’objectif initial à atteindre – mais la mise en route du projet d’adaptation à ce modèle provoque son évolution2, intervient alors ce que Foucault nomme le « remplissage stratégique » : il s’agit alors, en dépassant dans l’action l’intention initiale, de repousser sans cesse les limites, de remodeler sans cesse le corps, effectivement quitte à l’excès3.

  1. Je le remercie d’ailleurs au passage énormément pour sa contribution.
  2. On retrouve la description du « projet » au cœur de la Cité par projets de Boltanski et Chiapello – cfr.  le Nouvel Esprit capitaliste (Gallimard, Paris, 1999).
  3. Comme le note Christophe Mincke, on se rapproche du Culte de la Performance de Alain Ehrenberg (Calman-Lévy, Paris, 1991) et de son approche de la dépression notamment dans L’individu incertain (Calman-Lévy, Paris, 1995).
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Ouvrir l’université…

NB : Ce billet vise à répondre à un collègue (et néanmoins ami) qui m’a demandé de publier ce morceau de discours du 25 octobre 2012 (tenu dans le cadre du Colloque « Ouvrir l’Université »).

Mesdames, Messieurs,

Je souhaiterais, si vous me le permettez, m’autoriser quelques instants de totale liberté de parole. Durant les quelques minutes qui viennent, je m’exprimerai donc dans une perspective militante, usant de mon libre examen pour discourir non moins librement.

Lorsque nous avons lancé ce projet de colloque, nous nous attendions à accueillir des foules ! Nous avons communiqué tous azimuts et avons assuré une visibilité importante à cette activité.

Cependant, force est de constater que si la qualité est bien évidemment au rendez-vous – et vos contributions furent précieuses, la quantité l’est un peu moins.

Ce n’est pas anecdotique.

Il s’agit d’un symptôme patent d’un mal plus profond : la question de l’ouverture de l’université, de plus en plus d’acteurs du social comme de l’enseignement ne s’en préoccupent tout simplement plus.

Comment expliquer cette désaffection ? Par un double renoncement.

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Le travail comme perte de soi-même

En ce premier mai, alors que les conservateurs « fêtent » le travail, dans la grande tradition (lancée par Pétain en 1941) de la « fête du travail et de la concorde sociale », rares sont les militant-e-s de gauche qui se souviennent du sens de la commémoration du premier mai, à savoir la tragédie de Haymarket et les procès iniques qui s’ensuivirent1. Mais ce n’est pas le seul aspect qui s’efface des mémoires sous la pression de l’idéologie dominante, caractérisée par une reconstruction de l’histoire célébrant le leadership de quelques « grands hommes » et détruisant le souvenir des luttes – voire, condamnant ex-post tous les mouvements révolutionnaires sous le prétexte de leur « violence » : l’une des questions les plus fondamentales pour les travailleurs est celle que nul, dans les tribunes officielles, n’osera encore poser, à savoir pourquoi travailler ? Tous se contenteront de s’engager pour la création d’emplois, éventuellement pour la réduction de la taxation sur le travail, l’aménagement du temps de travail… Mais sans poser la question de la finalité du travail, comme si cette question était parfaitement résolue : il faut travailler car le travail « c’est important ».

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Ce qui se conçoit bien… (2)

Dans la première partie, nous avons évoqué les mécanismes de diffusion (et d’institution) du discours d’expert au travers des effets d’homologie, qui nécessite ce que j’appelle des « zones d’adhérence », c’est-à-dire la possibilité de recycler d’anciens mythes au travers d’un discours prétendument novateur.

Par exemple, le discours clair de la nouvelle gestion publique opère donc parce qu’il cause des ralliements conscients et inconscients, causés par son adéquation fondamentale avec la structure des rapports de domination qui lui préexiste. Mais s’il s’impose de la sorte, c’est qu’il est également paré d’une apparence de rationalité.

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Ce qui se conçoit bien… (1)

« Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément » – cette formule de Boileau, tirée de l’Art poétique (1674), est des plus populaires : résumant au travers d’une phrase décontextualisée l’injonction à la clarté, elle possède ce double avantage de légitimer le discours dominant et les mécanismes de domination dont il est vecteur. Pourquoi, en effet, une réalité complexe devrait-elle se décrire clairement ? Comment l’analyse d’un fait social pourrait-elle se résumer en mots « simples » sans tomber dans une caricature qui ampute les possibilités de compréhension voire dénature profondément le fait social qu’il s’agit d’analyser ?

Cette injonction à la clarté a comme corollaire celle de l’immédiateté, de la fulgurance dans la réplique : lors d’un débat, celui qui s’exprimera le plus vite et par quelques simplismes remportera la victoire. La rhétorique de la clarté ouvre la voie de toutes les simplifications abusives, de tous les raccourcis triviaux. Le rythme effréné des médias a formaté les discours politiques et ce faisant, poussé les « experts » à développer le même type de communication1. Et comme les experts sont ceux des scientifiques qui « montent », les effets de mode ayant été largement renforcés par les techniques d’évaluation – et donc de promotion – qui valorisent la quantité de textes produits, les chercheurs eux-mêmes en viennent à intégrer ces codes.

  1. Pierre Bourdieu, Sur la télévision, Paris, Liber-Raisons d’agir, 1996.
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Billet de fin du monde

La peur de la fin du monde, l’angoisse ancestrale de la catastrophe ultime, frappe une nouvelle fois : le calendrier maya se terminerait supposément le 21 décembre 2012 et voilà qu’un vent de panique souffle. Les réseaux sociaux débordent de références diverses au cataclysme, les médias commentent depuis plusieurs mois l’hypothèse d’un impact de météorites mettant fin à la « vie (humaine) sur terre », proposent des reportages saisissants sur le business des abris anti-atomiques et autres dispositifs supposés permettre une survie post-apocalyptique… La NASA, débordée d’appels et de mails, a décidé de produire une vidéo intitulée Why the World Didn’t End Yesterday qui explique le principe d’un calendrier cyclique et conclut à l’inanité des prévisions de fin du monde basées sur une lecture erronée et anachronique du calendrier maya. Toute cette agitation semble donc dérisoire et les nombreux scientistes de par le monde scientifique de conclure par des commentaires cyniques rappelant la bêtise des masses : comme l’aurait dit Einstein1, « Only two things are infinite, the universe and human stupidity, and I’m not sure about the former. »

  1. Ce que ces éminents collègues semblent au passage oublier, c’est de vérifier leurs sources : cette citation est attribuée à Einstein par Frederick « Fritz » Perls — psychiatre concepteur d’une psychothérapie proche de la Gestalt. Or la formule initiale tirée d’un bouquin publié au début des années 1940, ne cite pas directement Einstein : ce n’est qu’au fur de livres postérieurs que Perls a mis ces mots dans la bouche du physicien. Voir ici pour plus d’infos : http://quoteinvestigator.com/2010/05/04/universe-einstein/.
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