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Catégorie : Conférences

Gouvernance et renoncement

À la suite d’un débat1 organisé par le cercle du Libre examen de l’Université libre de Bruxelles et par un très grand nombre de cercles et associations étudiantes portant sur la réforme de la gouvernance institutionnelle de l’ULB, il m’a semblé utile de revenir sur quelques notions qui ont émaillé les discours des acteurs en présence. En effet, une partie…

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Ouvrir l’université…

NB : Ce billet vise à répondre à un collègue (et néanmoins ami) qui m’a demandé de publier ce morceau de discours du 25 octobre 2012 (tenu dans le cadre du Colloque « Ouvrir l’Université »).

Mesdames, Messieurs,

Je souhaiterais, si vous me le permettez, m’autoriser quelques instants de totale liberté de parole. Durant les quelques minutes qui viennent, je m’exprimerai donc dans une perspective militante, usant de mon libre examen pour discourir non moins librement.

Lorsque nous avons lancé ce projet de colloque, nous nous attendions à accueillir des foules ! Nous avons communiqué tous azimuts et avons assuré une visibilité importante à cette activité.

Cependant, force est de constater que si la qualité est bien évidemment au rendez-vous – et vos contributions furent précieuses, la quantité l’est un peu moins.

Ce n’est pas anecdotique.

Il s’agit d’un symptôme patent d’un mal plus profond : la question de l’ouverture de l’université, de plus en plus d’acteurs du social comme de l’enseignement ne s’en préoccupent tout simplement plus.

Comment expliquer cette désaffection ? Par un double renoncement.

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Ce qui se conçoit bien… (2)

Dans la première partie, nous avons évoqué les mécanismes de diffusion (et d’institution) du discours d’expert au travers des effets d’homologie, qui nécessite ce que j’appelle des « zones d’adhérence », c’est-à-dire la possibilité de recycler d’anciens mythes au travers d’un discours prétendument novateur.

Par exemple, le discours clair de la nouvelle gestion publique opère donc parce qu’il cause des ralliements conscients et inconscients, causés par son adéquation fondamentale avec la structure des rapports de domination qui lui préexiste. Mais s’il s’impose de la sorte, c’est qu’il est également paré d’une apparence de rationalité.

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Ce qui se conçoit bien… (1)

« Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément » – cette formule de Boileau, tirée de l’Art poétique (1674), est des plus populaires : résumant au travers d’une phrase décontextualisée l’injonction à la clarté, elle possède ce double avantage de légitimer le discours dominant et les mécanismes de domination dont il est vecteur. Pourquoi, en effet, une réalité complexe devrait-elle se décrire clairement ? Comment l’analyse d’un fait social pourrait-elle se résumer en mots « simples » sans tomber dans une caricature qui ampute les possibilités de compréhension voire dénature profondément le fait social qu’il s’agit d’analyser ?

Cette injonction à la clarté a comme corollaire celle de l’immédiateté, de la fulgurance dans la réplique : lors d’un débat, celui qui s’exprimera le plus vite et par quelques simplismes remportera la victoire. La rhétorique de la clarté ouvre la voie de toutes les simplifications abusives, de tous les raccourcis triviaux. Le rythme effréné des médias a formaté les discours politiques et ce faisant, poussé les « experts » à développer le même type de communication1. Et comme les experts sont ceux des scientifiques qui « montent », les effets de mode ayant été largement renforcés par les techniques d’évaluation – et donc de promotion – qui valorisent la quantité de textes produits, les chercheurs eux-mêmes en viennent à intégrer ces codes.

  1. Pierre Bourdieu, Sur la télévision, Paris, Liber-Raisons d’agir, 1996.
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Injonctions alimentaires et logiques marchandes

A l’occasion du colloque « Le Manger et le Dire » qui s’est tenu en cette fin de septembre à l’ULB, des étudiants en linguistique ont présenté leurs travaux fascinants sur les injonctions alimentaires intitulé – fort à propos : « Mange et tais-toi1 ! »

Il s’agit d’un travail consacré aux injonctions parentales visant à faire manger les enfants, consacré pour l’essentiel aux formules de persuasion. Sur base d’interviews et de questionnaires, passés dans le cadre de trois écoles différentes – dont les populations offrent des caractéristiques très variées, ils ont établi une revue impressionnante de formules avant de les classer en une série de types. De la typologie ainsi obtenue, je ne retiendrai pour le présent billet que la question de la négociation et en particulier, la question du « fractionnement » : il s’agit de ces injonctions du type « encore 5 cuillères et tu as fini » (Fontana et al., 2012, p. 4).

  1. Esther Fontana, Margaux Lauwaert, Nicolas Leblanc, Isabelle Lorge et Martina Seré, Mange et tais-toi !, travail réalisé dans le cadre du cours « Sociolinguistique et analyse du discours » de Laurence Rosier – ULB, 2012, 33 pages.
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Participation citoyenne et violence symbolique

Ce petit article fait suite à ma participation à un débat qui s’est tenu le 4 avril 2012 dans le cadre de l’université de printemps de l’École de Santé publique de l’ULB. Il s’agissait en l’occurrence de discuter de la participation citoyenne et d’une initiative en particulier… J’y ai cependant ajouté quelques exemples et intégré quelques éléments complémentaires de réflexion, afin essentiellement de clarifier mon propos.

Il est impossible, et il serait intellectuellement malhonnête, de prétendre analyser un projet participatif sur base d’un seul exposé. S’il me fallait agir en scientifique, je prendrais le temps d’interviewer chacun des participants, chacun des organisateurs, chacun des bailleurs de fonds. Je confronterais ces points de vue, je comparerais les objectifs, les attentes et l’évaluation de chacune de ces catégories d’acteurs. Tel n’est pas l’objet de l’analyse que je propose aujourd’hui et j’invite dès lors chacune et chacun à en fournir une critique acerbe.

Le titre du débat est « Participation : pot de terre et le pot de fer ? ». En effet, dès que l’on parle de participation, se pose la question des rapports de forces politiques. Mais au-delà de cette dimension évidente, ce sont véritablement les rapports sociaux et les enjeux de domination dont ils sont porteurs qui dans ce contexte se voient revêtir d’une importance particulière. En la matière, les initiatives se réclamant de la participation citoyenne méritent un examen attentif : permettent-elles de mieux dévoiler ces rapports de domination, permettent-elles parce qu’elles décodent les mythes socialement inculqués, d’appréhender les « règles du jeu » qui font que la position sociale de chacun est révélée jusque dans ses habitudes alimentaires ?

Je voudrais insister sur cette dimension des habitudes alimentaires, puisque le projet qu’il s’agit de commenter a permis à une vingtaine de femmes issues de l’immigration et en cours d’alphabétisation d’une part de développer des recettes et d’autre part d’en faire un livre, avec l’aide de nutritionnistes et d’autres types d’encadrants.

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