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Catégorie : Billets d’humeur

Pris à la gorge

Ce samedi, je me suis rendu comme plusieurs autres vers la Bourse, pour participer à un rassemblement antiraciste et pacifique. Arrivant sur place dix minutes avant 13h, j’ai constaté qu’un nombre important de combis (j’en ai compté une vingtaine) étaient parqués entre la place Anneessens et la Bourse. De l’autre côté de la Bourse, en direction de De Brouckère, il…

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L’impudence de « l’imprudence »

La ministre Galant a décidé de travailler avec un cabinet d’avocats, pour un montant avoisinant le demi-million d’euros, en dehors de toute procédure de marché public. Ce faisant, elle n’a pas respecté la législation. Elle a volontairement maquillé les faits devant le Parlement. Qu’en dit le Premier ministre ? « Imprudence ». Mme Galant aurait agi de « bonne foi », mais…

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Les barbares sont en ville

Les récents « événements » français et danois ont été commentés largement tant dans la presse que sur les blogs : on ne manque pas « d’analyses » qui interrogent les causes des drames, qui appellent à des mesures – qu’elles visent à renforcer les politiques sociales ou à renforcer le contrôle. « Contribuer au débat » (en supposant qu’un débat existe par la juxtaposition des positions,…

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Et si on mangeait les bébés pauvres ?

En 1729, Jonathan Swift publiait un pamphlet intitulé « Modeste proposition pour empêcher les enfants des pauvres en Irlande d’être à la charge de leurs parents ou de leur pays et pour les rendre utiles au public » dans lequel il suggérait que, dorénavant, il serait socialement utile d’avoir recours au cannibalisme : pour résoudre la vague de misère terrible…

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Les squats, lieux de non-droit ?

L’expulsion manu militari d’environ 150 personnes – dont une frange non-négligeable de personnes particulièrement fragilisées : personnes âgées, familles (et donc enfants, composant plus de la moitié du nombre d’expulsés) – du squat de l’église du « Gesù » à Saint-Josse, s’est opérée au nom de la « restauration de l’ordre public ». Le bourgmestre (PS) Emir Kir, à l’origine de l’expulsion, déclare en effet :…

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Contrôle, performances et gouvernance

On ne manque pas aujourd’hui de ressources critiquant le modèle de nouvelle gouvernance dérivé du management des années 80, que ce soit dans une optique plutôt appliquée, centrée sur les individus1 ou dans une optique plus théorique, autour des systèmes d’idées2 ou des modes de régulation des comportements3.

Pourtant, force est de constater que certains poncifs, certaines « grandes recettes magiques » censées augmenter la « performance des organisations » continuent à être appliquées très largement dans un secteur public en cours d’effritement, causant fréquemment d’importants dysfonctionnements structurels. Dans ce contexte, rappeler quelques évidences n’est pas forcément inutile.

1. L’origine du mal : le paradigme individualiste

Généralement, les dysfonctionnements d’une administration ne sont pas liés aux performances individuelles mais aux procédures et à la multiplication des niveaux de « légitimation » d’une décision, que ce soit par l’obligation « règlementaire » d’obtenir l’approbation d’une large hiérarchie formelle ou par l’existence d’un régime de normalisation liée à une hiérarchie « mixte » (formelle et informelle) – par exemple, il n’est pas formellement nécessaire d’avoir l’accord d’un expert mais vu la reconnaissance de son expertise dans l’organisation, son influence permet une plus grande légitimation de la décision et en pratique, tout le monde le consulte. De plus, la multiplication des intervenants de même niveau hiérarchique vers le « sommet » d’une organisation administrative pyramidale « traditionnelle » augmente les risques de divergences liées non plus à l’objet de décision mais à des enjeux généraux de pouvoir (lutte entre deux services).

  1. Voir par exemple, Vincent de Gaulejac, Travail, les raisons de la colère, Paris, Seuil, 2011 ; Vincent de Gaulejac & Nicole Aubert, Le Coût de l’excellence, Paris, Seuil, 1991.
  2. Luc Boltanski & Eve Chiapello, Le nouvel esprit du capitalisme, Paris, Gallimard, 1999
  3. Béatrice Hibou, La bureaucratisation du monde à l’ère néolibérale, Paris, La Découverte, 2012
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Le travail comme perte de soi-même

En ce premier mai, alors que les conservateurs « fêtent » le travail, dans la grande tradition (lancée par Pétain en 1941) de la « fête du travail et de la concorde sociale », rares sont les militant-e-s de gauche qui se souviennent du sens de la commémoration du premier mai, à savoir la tragédie de Haymarket et les procès iniques qui s’ensuivirent1. Mais ce n’est pas le seul aspect qui s’efface des mémoires sous la pression de l’idéologie dominante, caractérisée par une reconstruction de l’histoire célébrant le leadership de quelques « grands hommes » et détruisant le souvenir des luttes – voire, condamnant ex-post tous les mouvements révolutionnaires sous le prétexte de leur « violence » : l’une des questions les plus fondamentales pour les travailleurs est celle que nul, dans les tribunes officielles, n’osera encore poser, à savoir pourquoi travailler ? Tous se contenteront de s’engager pour la création d’emplois, éventuellement pour la réduction de la taxation sur le travail, l’aménagement du temps de travail… Mais sans poser la question de la finalité du travail, comme si cette question était parfaitement résolue : il faut travailler car le travail « c’est important ».

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Billet de fin du monde

La peur de la fin du monde, l’angoisse ancestrale de la catastrophe ultime, frappe une nouvelle fois : le calendrier maya se terminerait supposément le 21 décembre 2012 et voilà qu’un vent de panique souffle. Les réseaux sociaux débordent de références diverses au cataclysme, les médias commentent depuis plusieurs mois l’hypothèse d’un impact de météorites mettant fin à la « vie (humaine) sur terre », proposent des reportages saisissants sur le business des abris anti-atomiques et autres dispositifs supposés permettre une survie post-apocalyptique… La NASA, débordée d’appels et de mails, a décidé de produire une vidéo intitulée Why the World Didn’t End Yesterday qui explique le principe d’un calendrier cyclique et conclut à l’inanité des prévisions de fin du monde basées sur une lecture erronée et anachronique du calendrier maya. Toute cette agitation semble donc dérisoire et les nombreux scientistes de par le monde scientifique de conclure par des commentaires cyniques rappelant la bêtise des masses : comme l’aurait dit Einstein1, « Only two things are infinite, the universe and human stupidity, and I’m not sure about the former. »

  1. Ce que ces éminents collègues semblent au passage oublier, c’est de vérifier leurs sources : cette citation est attribuée à Einstein par Frederick « Fritz » Perls — psychiatre concepteur d’une psychothérapie proche de la Gestalt. Or la formule initiale tirée d’un bouquin publié au début des années 1940, ne cite pas directement Einstein : ce n’est qu’au fur de livres postérieurs que Perls a mis ces mots dans la bouche du physicien. Voir ici pour plus d’infos : http://quoteinvestigator.com/2010/05/04/universe-einstein/.
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L’homme-machine, hybride sexy

L’injonction à la beauté, beauté définie par des canons publicitaires et donc imaginaires, par les images retouchées des mannequins retravaillés sous les scalpels des chirurgiens esthétiques, s’accompagne d’une injonction toujours croissante à la productivité. Le « capital santé » de chacun doit être « respecté » par lui (« prends soin de toi, use de cosmétiques ») : l’individu-autonome-rationnel-responsable doit minimiser la destruction de son propre organisme (tout en consommant suffisamment pour relancer la croissance) et entraîner sa mécanique pour la garder fonctionnelle 1. Plus encore, le physique adéquat constitue l’un des critères déterminants de l’ascension sociale. Même pour celles et ceux qui sont loin des normes physiques formatées des canons de beauté – ne fût-ce que par leur âge, la décence veut qu’ils et elles retravaillent leur corps pour garantir un minimum de conformité.

  1. François Cusset, Votre capital santé m’intéresse. in Le Monde diplomatique, janvier 2008, p. 28.
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Injonctions alimentaires et logiques marchandes

A l’occasion du colloque « Le Manger et le Dire » qui s’est tenu en cette fin de septembre à l’ULB, des étudiants en linguistique ont présenté leurs travaux fascinants sur les injonctions alimentaires intitulé – fort à propos : « Mange et tais-toi1 ! »

Il s’agit d’un travail consacré aux injonctions parentales visant à faire manger les enfants, consacré pour l’essentiel aux formules de persuasion. Sur base d’interviews et de questionnaires, passés dans le cadre de trois écoles différentes – dont les populations offrent des caractéristiques très variées, ils ont établi une revue impressionnante de formules avant de les classer en une série de types. De la typologie ainsi obtenue, je ne retiendrai pour le présent billet que la question de la négociation et en particulier, la question du « fractionnement » : il s’agit de ces injonctions du type « encore 5 cuillères et tu as fini » (Fontana et al., 2012, p. 4).

  1. Esther Fontana, Margaux Lauwaert, Nicolas Leblanc, Isabelle Lorge et Martina Seré, Mange et tais-toi !, travail réalisé dans le cadre du cours « Sociolinguistique et analyse du discours » de Laurence Rosier – ULB, 2012, 33 pages.
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La pornographie comme objet de recherche

Comme le souligne Laurence Rosier dans une Chronique de l’Irrégulière particulièrement jouissive (sob) et portant sur le Sexting, les débats sur la pornographie et son/ses discours sont à la mode dans les milieux académiques. Comme de nombreux sujets soudains « de bon ton », ils voient déferler une kyrielle de spécialistes autoproclamés qui s’emparent du sujet en tentant, à l’occasion de billets brillants, d’obombrer complètement les travaux de celles et ceux qui les ont – de loin – précédés 1.

Souvent, ces travaux nouveaux se focalisent sur l’effet de la pornographie, revenant au bon vieux débat : « est-elle nuisible2 ? » En fonction de leur obédience politique3 les auteurs s’interrogent : la pornographie participe-t-elle de l’assujettissement de la femme, de la déliquescence morale des jeunes, de l’hyper-sexualisation des adolescents ?

Un point commun à ces questionnements : dans cette matière comme dans tant d’autres, les experts décontextualisent (en se consacrant au « porno » comme s’il s’agissait d’un objet d’étude indépendant et unique et à son étude comme s’il s’agissait d’un champ unifié) tout en adoptant la posture « méta » : peu visionnent effectivement les films qu’il s’agit d’analyser, peu lisent les scénarii dont il s’agit d’étudier l’effet performatif. Aucun ne propose une typologie, rares sont les critiques approfondies de corpus.

  1. Rappelons par exemple les travaux de Judith Butler sur le thème, qui datent des années 90.
  2. La question se restreint parfois à questionner l’existence d’un effet – voir http://penseedudiscours.hypotheses.org/6729.
  3. Non-assumée et non-explicite, car la plupart des commentateurs-experts contribuent au mythe du savant neutre et objectif.
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Repenser l’université pour lutter contre la marchandisation universitaire

Lorsqu’il s’agit de discuter la manière dont doit être menée la lutte au sein des universités pour résister à l’évolution marchande qu’elles subissent, le « refus de l’excellence » devient leitmotiv1. Voilà donc l’ennemi nommé : l’excellence. Mais contrairement aux démons qu’il suffit de désigner par leur vrai nom pour qu’ils quittent les hôtes qu’ils possèdent, l’évocation du mot « excellence » n’a en l’occurrence aucun effet pour contrer la marchandisation universitaire…

  1. Ce texte fait suite à la demande d’un camarade de rendre publics quelques arguments échangés avec lui. Il ne reprend cependant que quelques éléments d’un texte bien plus complet, à paraître fin novembre.
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Du plagiat étudiant dans la nouvelle université capitaliste

Avertissement : ce billet s’inspire librement du « Mode d’emploi du détournement » de Debord et Wolman. Cependant, le conformisme à l’académisme scholastique imposé par mon statut m’a poussé à citer quelques-uns des scientifiques qui pourraient, le cas échéant, n’apprécier que très modérément de voir leurs propos délibérément plagiés.

Les étudiants plagient : telle est la certitude de nombre de professeurs et chercheurs, bref, d’universitaires chargés « d’encadrer » les étudiants. Il s’agirait là d’une tendance dont l’ampleur est, d’après plusieurs collègues, supposément au moins aussi importante que celle du phénomène des « étudiants touristes », voire plus dramatique encore. Les travaux de sociologues et économistes américains, experts du phénomène, « estiment entre un quart et un tiers la proportion d’étudiants ayant produit un travail reprenant quelques phrases sur Internet sans en fournir la source1. » Nous ne perdrons pas ici de temps à démonter la méthodologie des travaux en question, tel n’est pas notre propos. Cependant, il est un élément que nous devons souligner : il n’existe aucune définition claire de ce qu’est le plagiat et donc de manière univoque de déterminer ce qu’est un « plagieur ».

  1. Guibert Pascal et Michaut Christophe, Le plagiat étudiant, in Éducation et sociétés, 2011, 28 (2), pp. 149-163.
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De la crédibilité et de la militance joyeuse

A l’occasion de chaque grève, chaque blocage, chaque action d’une composante du mouvement social, les échanges sur le caractère « crédible » d’une revendication ou d’un mode d’action sont légions. « Ces étudiants qui bloquent un auditoire à cinq en hurlant ‘privatisation piège à cons’ ne sont pas crédibles », m’affirmait récemment un collègue arborant une mine grave, usant pour asséner son jugement du ton docte du chercheur-expert-spécialiste, celui ‘qui sait’. En effet, pour le chercheur-expert-spécialiste, un slogan de cet ordre scandé par une poignée de militants est vu comme nécessairement simpliste, démago, populiste et, plus atroce encore, il « manque de sérieux… ». Et le chercheur-expert-spécialiste de conclure, avec toute l’assurance que son statut implique : « à mon avis, bloquer un bâtiment, pour eux, c’est un jeu, un amusement. »

Par ce verdict, mon éminent collègue entend balayer d’un revers de la main toutes les revendications de ces étudiants, toutes les interrogations que pourraient susciter leur action : infantilisant au passage les étudiants-militants, il les disqualifie tout simplement en arguant de leur plaisir affiché à mener une action.

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