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Alain Destexhe et la fabrique de l’opinion

Tout a commencé par un billet d’Alain Destexhe, député MR de son état, adressé à Bernard De Vos, Délégué Général aux Droits de l’Enfant : dans ce billet – relayé par la Libre Belgique sans que celle-ci ne s’interroge sur la compatibilité de ce billet avec sa ligne éditoriale, le député utilise préférentiellement le terme « tsigane » au terme « rom1 » (à la manière de Pierre Vial, « théoricien » d’extrême droite français) et enchaîne avec des considérations sur la responsabilité des roms dans leur situation pour in fine asséner l’assertion suivante qui ne manquera pas de faire sourire les plus psychologues d’entre les lecteurs : « Que des enfants dorment dans la rue à Bruxelles à l’été 2013, je trouve cela déplorable, mais je ne “culpabilise” pas pour autant. » Toute l’argumentation de ce billet du député articule une série de « vérités » discutables et des stéréotypes afin de délivrer un message attaquant avec virulence l’action d’une institution de la Fédération Wallonie-Bruxelles. En soi et usuellement, il me semble absolument inutile de commenter largement ce type de propos vu que cela ne fait qu’augmenter leur propagation. Mais je rejoins le journaliste-blogueur Marcel Sel lorsqu’il indique que de tels propos ne peuvent, en même temps, se passer de commentaires2.

En effet, Alain Destexhe n’est pas un député membre d’un parti d’extrême-droite : il se proclame « libéral », et est membre du Mouvement Réformateur (MR), à côté de personnalités telles que Richard Miller ou Françoise Bertieaux. Si je cite ces deux exemples, c’est qu’il s’agit de personnalités qui théorisent fortement le cadre de leur action, qui explicitent les piliers idéologiques qui sous-tendent leur activité parlementaire, n’hésitant pas à citer des références théoriques précises. Le débat politique avec eux prend souvent la tournure de débat d’idées – bien que même dans ce cadre, comme le dit Bourdieu, le débat politique revienne fréquemment à faire du « méta » sur du « méta ».

Mais quel est le fondement idéologique de M. Destexhe ? Dans quelle mesure ces piliers s’articulent-ils en un tout cohérent qui pourrait expliquer le succès électoral de ce député supposément pourfendeur du « politiquement correct », si prompt à dénoncer « les bobos » et les « bien pensants » ?

Dans ce texte, je m’emploie à une première analyse  systématique du discours d’Alain Destexhe, fondée sur les publications de son blog. Je propose, dans une première partie, une approche plus quantitative permettant de mieux appréhender les thèmes et associations les plus courants dans sa littérature. Dans une seconde partie, je montre quelques effets de rhétoriques utilisés par le député MR qui impliquent une certaine difficulté à « labelliser » clairement son positionnement politique. Dans la troisième partie, j’en viens à quelques références théoriques qui sont spécifiques à une certaine classe thématique décrite quelque peu dans la première partie. Enfin, et pour conclure, j’avance quelques hypothèses sur le positionnement et le succès d’Alain Destexhe.

1. Quelques éléments d’analyse ALCESTE

J’ai tout d’abord chargé tous les billets publiés entre 2007 et 2013 sur le blog de M. Destexhe (avec l’aide fort utile d’un camarade expert en langage Python), en vue d’une analyse systématique de contenus via la méthode « ALCESTE » en usant d’un logiciel freeware (bien sûr), en l’occurrence IRAMUTEQ.

Pour résumer d’une manière outrageusement simplificatrice, nous dirons que cette méthode permet d’isoler des « mondes sémantiques » d’un ensemble de textes : en fait, il tire les associations de mots les plus fréquentes en tenant compte « d’unités de contexte3 » et les structure ensuite en « classes d’association ».

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Fig. 1. Analyse factorielle de correspondance – classes issues de l’analyse « ALCESTE »

L’analyse révèle quatre classes de termes, dont on trouve les plus fréquents et significatifs dans le graphe de la fig. 1 :

  • La première classe, qui regroupe environ 35,7% des termes, est celle de l’auto-promotion politique : « blog », « destexhe », « soir », « lire », « presse »… Elle ne nous intéresse pas directement, car le blog d’un politique montrera vraisemblablement presque systématiquement une classe de ce genre4.
  • La seconde classe, qui regroupe 22,2% des termes, est celle du commentaire économique : elle recense des termes comme « euro », « moyenne », « chômage », « taux », « banque », « milliard », etc. Elle n’est pas plus inattendue.
  • La troisième classe, qui regroupe 16,3% des termes correspond à des considérations plus spécifiques à un programme libéral (néo)classique, qui s’oppose au syndicalisme, souhaite poser un carcan plus serré sur les questions de mœurs… avec des mots comme « STIB », « syndicat », « entreprise », « sécurité », « commun », « délit », etc.
  • La quatrième et dernière classe, qui regroupe 25,8% des termes, est celle qui nous intéressera le plus : il s’agit de la classe dans laquelle on retrouve « islam », « musulman », « religion », « religieux », « signe », « femme », « voile », « port » mais aussi « peur », « interdiction », « égalité », « démocratie », … et « politique ».

Cette dernière classe de termes est celle qui paraît en réalité la plus spécifique à ce blog : le terme politique y est d’ailleurs directement associé ! Il nous faut donc considérer cette quatrième classe de termes plus à fond.

Le graphe de la fig. 2 représente les mots les plus fréquemment associés à « musulman », qui est le mot le plus significatif de la classe 4 (et l’un des mots les plus cités dans le blog avec 71 occurrences). On voit une série d’associations particulièrement systématiques : musulman/religieux – musulman/islam – musulman/politique – musulman/question.

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Fig. 2 – Graphe d’associations

Les « musulmans » (généralement, le mot est utilisé au pluriel dans le blog) constituent dans leur religion, une question politique. Le lien avec le port du voile, l’islamisme est également très fréquent, ainsi que le lien avec « école », « partir », « respect », « femme » (ces deux dernières formes étant à leur tour étroitement associées). Cette classe est aussi celle qui est de plus près associée au CDH et à Ecolo, alors que PS est associé d’une part à la classe « autopromotion » et d’autre part à la classe 3 (critique néolibérale classique).

Le lien entre « musulman(s) » et « antisémitisme » est également très fort. Quelques extraits « d’unités de contexte » (morceaux de phrases utilisés dans l’analyse) permettent d’appréhender pourquoi :

… imaginons sa réaction [NB : de Joëlle Milquet, ministre de l’intérieur] si la même agression avait été commise contre des musulmans. L’antisémitisme en belgique est un fléau, il doit être combattu avec la plus grande énergie…

…son silence coupable face à la montée de l’islamisme et sa promotion du modèle communautariste auront engendré le retour des pires préjugés et stéréotypes antisémites. Une enquête de la VUB publiée en 2011 démontrait qu’un élève bruxellois musulman sur deux assume son antisémitisme

…un antisémitisme qui se développe également chez les jeunes, plus particulièrement au sein de la communauté arabo-musulmane. Je suis surpris de constater que cette affiche absolument ignoble ne suscite pas plus de réaction de la part des médias ou de la classe politique…

Une autre forme du « top 10 » des mots de la classe 4 est « juif ». Il me semble pertinent de se pencher sur ce terme pour étudier si l’association au sein d’une même classe de « juifs » et « musulmans » est lié à un positionnement similaire par rapport à deux « communautés » : vu le lien établi ci-dessus, on se doute qu’il n’en est rien.

On trouve en fig. 3 les termes les plus fréquemment associés : de nouveau, la chose est politique. Au-delà du lien avec « musulmans », on voit des connexions avec une pléiade de termes comme « Vichy », « Shoah », « Hitler », « nazi », « camp », etc. Il est important de souligner que ces connexions sont fortes, qu’il est presque systématique que M. Destexhe fasse mention de la « communauté juive » en y associant immédiatement une référence au nazisme et à la Shoah. Une telle association ne lui paraît cependant pas aussi évidente lorsqu’il parle des communautés « tziganes » comme il les qualifie.

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Fig. 3 – Graphe d’associations

D’autres formes comme « rappeler », « principes » sont également au centre de son argumentaire ; mais un mot particulier m’a semblé intéressant dans ce contexte d’associations : « peur ».Quelques phrases extraites du blog permettent d’appréhender dans quel contexte cette « peur » est envisagée :

… 70 ans après la Shoah, le juif a peur… On dit à nos enfants que, parce qu’ils sont juifs, ils doivent vivre autrement. Ceux-ci ne doivent pas révéler qui ils sont dans certains quartiers où il y a une communauté arabo-musulmane extrémiste5

… il convient de souligner la peur qui gagne petit à petit la minorité copte notamment du fait des déclarations du parti politique salafiste…

… aux côtés d’une grande majorité de musulmans de ce pays eux aussi effrayés par la montée de l’intégrisme osons affronter cette peur. Cela implique d’abord d’en reconnaître le bien fondé et les raisons…

… je pense en effet que ces jeunes filles doivent fréquenter les écoles publiques. Le débat est généré par une peur et fait l’objet d’une instrumentalisation face à un islam émergeant…

… aux non musulmans qui ont peur de leur ombre ou aux fondamentalistes qui accusent d’islamophobie tout qui ose critiquer l’un ou l’autre aspect de l’islam…

L’analyse de cette classe lexicale permet d’appréhender à quel point M. Destexhe croit profondément dans une montée de l’islamisme, qu’il lie à un « communautarisme musulman » et dont il entend montrer qu’il est naturel d’avoir peur. Cela l’obsède au point qu’il y consacre en volume plus du quart de son « blog ». Récusant le concept qu’il considère « extrêmement discutable au demeurant » d’islamophobie, il participe par les associations récurrentes de termes-clés à la diffusion d’un message liant systématiquement la communauté musulmane à une « montée de l’islamisme » et plus encore, à l’antisémitisme et à la persécution des juifs. Cela nous permet de mieux appréhender la spécificité du discours d’Alain Destexhe.

2. La rhétorique d’Alain Destexhe, un cas d’école

Si cette première analyse permet d’appréhender le positionnement spécifique d’Alain Destexhe, la lecture « non-mécanique » de l’ensemble des billets ne permet pas de percevoir aussi clairement ce qu’il en est. En effet, il utilise de nombreuses stratégies rhétoriques pour rendre son orientation thématique moins explicite.

Un élément d’importance dans le discours d’Alain Destexhe sont les références à Médecin Sans Frontières (MSF), qui émaillent les billets de son blog. Ainsi, il explicite dans son post susmentionné :

… Enfin, j’ai sauvé la vie de centaines d’enfants, notamment au Soudan où, avec mon équipe, nous en sauvions quotidiennement des dizaines pendant la famine d’Ethiopie. Je l’ai fait comme bénévole de MSF.

Outre le fait que MSF a rappelé que M. Destexhe a été volontaire (et non bénévole) et appelé le député à ne pas « faire référence à son passé avec MSF pour justifier ses propos ou défendre des politiques », on perçoit un procédé de rhétorique particulier, qui consiste à s’appuyer sur des « hauts faits » réalisés au sein d’une organisation (en l’occurrence, une véritable institution) « hors de tout soupçon » pour justifier son positionnement : par un (ancien) statut, il « institue » son discours. Cet effet d’institution est fréquent sur le blog, que ce soit par des mentions (fréquentes) à son statut de député, de médecin, ou par le fait d’être ancien MSF. Aurait-il lu Bourdieu pour donner une telle illustration du fait qu’un « porte-parole (légitime) est imposteur muni du skeptron » ? Cet effet d’institution permet de donner à son discours un statut de « discours de vérité », même lorsqu’il utilise des approximations par des généralisations abusives (nous y reviendrons).

Venons-en à l’effet de désamorçage, second effet d’importance utilisé par le député : lorsque M. Destexhe rédige « que des enfants dorment dans la rue à Bruxelles à l’été 2013, je trouve cela déplorable, mais je ne “culpabilise” pas pour autant », on perçoit parfaitement ce procédé rhétorique particulier qui consiste à user systématiquement d’une précaution oratoire permettant de justifier a priori l’assertion suivante. Lorsqu’on dira à M. Destexhe « ce n’est pas normal que des enfants dorment dans la rue », il répondra « c’est déplorable ». Lorsqu’on lui dira « je suis bien d’accord, ils n’ont qu’à dormir dans la rue », il répondra « en effet, je ne culpabilise pas. » La manœuvre est habile (et d’ailleurs, les réactions qu’il publie aux commentaires outrés qu’il provoque ne manquent pas d’exposer sa maîtrise de ce double discours).

De la même manière, l’extrait suivant constitue un autre exemple (en fait, deux autres occurrences) de l’effet de désamorçage :

Qu’il persiste des stigmatisations, personne n’en doute. Mais Elio Di Rupo est LA PREUVE que notre société n’est pas homophobe. Qu’il ne soit pas facile pour un adolescent (ou un adulte) de découvrir son homosexualité, certes. Mais n’est-ce pas vrai de la découverte de la sexualité en général ?

Si l’on dit à Alain Destexhe que l’homophobie existe en Belgique, il dira « en effet, il demeure des stigmatisations. » Lorsqu’on lui prétendra au contraire que l’homophobie n’existe pas en Belgique, il répondra « en effet, M. Di Rupo en est la preuve. » Mais au sujet de l’homosexualité, le positionnement de M. Destexhe est pour le moins ambigu. Ainsi, écrivant sur la problématique de « l’intégration », il déclare

En interdisant le port des signes convictionnels à l’école (afin de protéger les mineurs de toutes formes de pression communautaire et/ou familiale) et dans la fonction publique (en application des principes constitutionnels d’impartialité et de neutralité), en restant fermes sur nos valeurs (notamment l’égalité hommes/femmes, le droit au blasphème et au choix à l’orientation sexuelle,…), nous renforcerons l’adhésion des personnes d’origine étrangère à notre modèle de société.

Il y aurait donc un problème, pour les populations « pas suffisamment intégrées », dans le respect du choix de l’orientation sexuelle – voilà une instrumentalisation classique de la lutte contre l’homophobie dans la stigmatisation d’une population musulmane (implicitement désignée ici), pratique relevée par Judith Butler dans le cas de l’extrême-droite hollandaise6. Or on remarque un élément : pour M. Destexhe, l’orientation sexuelle est un choix, ce qui est précisément une assertion alimentant les préjugés homophobes. Mais M. Destexhe va plus loin. Il indique, critiquant l’attitude du Directeur du Centre pour l’Egalité des Chances :

Edouard Delruelle, le directeur adjoint du Centre pour l’égalité des chances est bien conscient qu’il n’a pas réagi à l’incroyable caricature antisémite du PS de Molenbeek alors qu’il a démarré au quart de tour pour dénoncer les propos maladroits du directeur des « petits riens » sur l’homosexualité, pourtant beaucoup moins graves.

Quels sont ces propos beaucoup moins graves ? L’édito en question, signé par Julien Coppens, indique :

J’ai un avis sur la question de l’homosexualité et je ne suis pas le seul. Certains condamnent, d’autres crient à l’intolérance, d’autres sont indécis… et alors ?? Est-ce mal de croire que l’homosexualité est une maladie ? Est-ce condamnable d’espérer que l’on pourra les guérir ?

Evidemment, vu qu’il s’agit d’une comparaison, d’un jugement relatif, M. Destexhe peut donc dire qu’il n’a jamais cautionné ces propos (désamorçage). Cependant, il faut lire attentivement : « il a démarré au quart de tour pour dénoncer les propos maladroits« . Dire que l’homosexualité est une maladie et « espérer une guérison » est donc juste une « maladresse » et la réaction immédiate du centre était dès lors trop hâtive. Maladresse des propos : en d’autres termes, ils ne sont pas forcément faux. On perçoit ici parfaitement comment, via le désamorçage, M. Destexhe, tout en se proclamant défenseur des libertés individuelles, distille des thèses intrinsèquement homophobes, qui parleront à la frange la plus réactionnaire de son public sans pour autant détourner les factions les plus libertariennes de la lecture de ses écrits. Le bon usage de l’effet de désamorçage est donc utile pour rallier un public plus large tout en marquant simultanément des signes de connivence aux factions les plus extrêmes de ce public.

Cependant, c’est sans doute en attribuant à ses adversaires des « points Godwin » (dont il connaît une dénomination « savante », due à Leo Strauss, en l’occurrence « reductio ad hitlerum7 ») tout en poussant sans cesse à l’octroi de tels « points » par des allusions relativement explicites (comme le relève pertinemment le blogueur-journaliste Marcel Sel8) qu’Alain Destexhe est le plus efficace – dans l’effet d’amorçage. Il faut cependant noter que dans l’argumentaire de Leo Strauss, il ne s’agissait nullement de disqualifier systématiquement les comparaisons historiquement fondées, mais bien d’éviter la banalisation du recours à « Hitler » ou à la carte « Nazi » pour disqualifier un argument9 Léo Strauss lui-même avait conscience cependant du caractère dangereux de son argument, appelant à ne pas généraliser trop facilement le concept dans ses conférences de 1963. Mais si Alain Destexhe use largement de la reductio ad hitlerum, c’est sans autant de scrupule et pour disqualifier sans appel une intervention qu’il condamne. Par exemple :

Rudi Vervoort, monsieur 3.045 voix, notre « tout frais nommé par le PS » ministre-Président de la Région de Bruxelles-Capitale, aura tenu une semaine tout juste avant de sortir sa première grosse connerie. Se sentant titillé par « Bruxelles, pas belle », un article fort pertinent de Jean Quatremer, le correspondant de Libé à Bruxelles, il n’a pas hésité à comparer ce dernier au Vlaamse Blok. Etant moi-même de temps à autre victime de ces procédés staliniens, je constate que le seuil de la « reductio ad hitlerum » est de plus en plus bas et touche même les correspondants de quotidiens bien ancrés à gauche !.

Or que dit Rudi Vervoort de l’article de Quatremer ? « Cela m’a rappelé un vieux folder du Vlaams Blok10. » Le procédé suivi est donc le suivant : 1. une caricature du propos critiqué, 2. sur cette base, un recours à une généralisation de la figure de la reductio ad hitlerum, puisqu’il n’est nulle part question ici d’Hitler, mais bien du Vlaams Blok ! La résultante redoutable de ce procédé est une banalisation de la figure d’Hitler, que la reductio ad hitlerum vise justement à contrer… Par ailleurs, comme le souligne un relecteur de ce billet11, on se doit de souligner que l’allusion à Staline pourrait facilement s’apparenter à une reductio ad Stalinum. Le recours à cette version savante du point Godwin s’apparente donc à un mécanisme de délégitimation de ceux qui lui font part de leur profonde désapprobation de son discours en les accusant d’une sorte de chasse aux sorcières (e.g. « étant moi-même victime de ces procédés staliniens »), après avoir préalablement suscité ces réactions par des affirmations provoquant un emballement du débat (e.g. « Bouchez-vous les oreilles si vous voulez, mais je pense que les Tsiganes ont une part de responsabilité dans leur situation ») et ne respectant absolument pas les règles de « bon usage » de l’outil d’analyse rhétorique.

Notons également que M. Destexhe utilise un nombre très important de sophismes, comme

1. l’argumentum ad hominem, c’est-à-dire le fait de s’en prendre à l’individu pour écarter ses arguments (notamment dans ses fréquentes attaques contre Philippe Moureaux ou dans l’attaque contre le Délégué aux Droits de l’Enfant)…

Il est un peu trop facile, à partir d’un titre ronflant (mais qui prête tout de même à sourire) de distribuer les bons et les mauvais points sans avoir de comptes à rendre à personne.

2. le sophisme de généralisation présentant comme universel un constat posé sur un échantillon non-représentatif. On citera en exemple l’utilisation d’un reportage du Soir Magazine relatant l’histoire du « petit Martin », supposément terrorisé par 25 camarades de classe musulmans, avec un titre qui résume bien le ton général du billet : « Ne mets plus de jambon dans mes tartines maman car ils vont cracher dedans ». De cet exemple, M. Destexhe infère « la réalité de ce qui se passe à Bruxelles ».

Autre exemple, il affirme sans fard : « (…) je pense que les Tsiganes ont une part de responsabilité dans leur situation. J’ai visité des villes de Tsiganes en Slovaquie. Il est trop facile de mettre en accusation les seules autorités de ces pays. » Pour rappel, les roms de Slovaquie souffrent d’un racisme d’état qu’attestent un nombre édifiant de sources, des reportages de la très sérieuse ZDF12 aux rapports de nombreuses organisations internationales13 : on peut donc légitimement douter de la représentativité de l’expérience de M. Destexhe.

3. l’argumentum ad populum (ainsi, selon lui, le délégué aux droits de l’enfant « essaye de faire évoluer la société contre le souhait d’une majorité de la population », il disqualifie également fréquemment ses détracteurs en recourant à une comparaison de nombre de voix électorales),

4. l’argumentum ad odium (qui consiste à présenter sous un jour inacceptable les arguments de l’adversaire, quitte à la caricature), figure très fréquente, dont l’exemple suivant est l’une des plus belles illustrations :

Je me demande comment vous allez expliquer cela à mon amie Rose, dont le fils de 19 ans a été assassiné d’un coup de couteau il y a quelques mois par un mineur. Chère Rose, le délégué aux droits du meurtrier de ton fils (lui n’en a plus) te demande de comprendre qu’il doit être remis en liberté et suivi psychologiquement car, s’il lui a porté un coup de couteau fatal, c’est à cause des problèmes socioculturels dont souffre notre pays !

Si je ne suis pas  partisan de ces analyses qui délégitiment le discours par la seule accusation de « sophisme », le fait de souligner leur usage permet en l’occurrence de montrer à quel point la rhétorique de M. Destexhe peut sembler imparable car elle nécessite une déconstruction phrase par phrase, ce qui implique de disposer d’un temps important, ainsi que l’écriture de billets trop longs pour être lus largement… Or comme la brièveté du « langage adapté au web » pousse à tous les raccourcis de la pensée, M. Destexhe bénéficie d’un avantage non-négligeable pour rallier des lecteurs à sa cause.

3. Quelques références

Il faut cependant pointer que dans l’effet d’institution lui-même, il y a moyen de déceler également le positionnement idéologique de M. Destexhe dans le recours fréquent à des figures « intellectuelles ». Un petit détour sur quelques-uns des auteurs cités s’impose donc. En effet, M. Destexhe ne manque pas de références14 : outre Nicolas Sarkozy, sans doute l’une des plus fréquentes, il cite aussi volontiers des figures comme Eric Zemmour (dont il accuse la Libre de lancer une « fatwa » contre lui) ou encore comme Malika Sorel, Mario Vargas Llosa et « Laurent Obertone », l’auteur (sous pseudonyme) de « la France orange mécanique ».

Ces références ne sont évidemment pas surprenantes : le discours réactionnaire de Zemmour, qui n’est pas sans fréquemment proférer des propos racistes15, se rapproche fort de celui d’Alain Destexhe dans la référence au « péril islamiste », mais aussi dans l’affirmation d’une « supériorité culturelle » occidentale. Malika Sorel, l’une des « cautions intellectuelles » de Nicolas Sarkozy dans les débats sur « l’identité nationale », fait partie des thuriféraires de l’hypothèse d’une « immigration trop massive » qui aurait « débordé » les états européens, fustige le « laxisme des élites envers les voyous » et a critiqué violemment la nomination de Rachida Dati et de Rama Yade dans le gouvernement Sarkozy, qu’elle accusait jusqu’à l’absurde de « communautarisme ».

D’un autre format intellectuel, le Prix Nobel de Littérature et marquis Mario Vargas Llosa, bien qu’ancien communiste, est devenu un néolibéral convaincu (se rapprochant fortement du programme de l’École autrichienne), se réclamant de l’héritage de Friedrich von Hayek et de Raymond Aron16 et n’hésitant pas à s’engager politiquement pour défendre un programme néoconservateur17. Dans ses chroniques publiées dans El Pais, et dans le cadre de développements opposant la « civilisation européenne » au « barbarisme », il a maintes fois dénoncé l’existence d’une « menace islamiste », allant jusqu’à affirmer qu’elle avait remplacé la « menace communiste » (une citation de cet ordre est d’ailleurs reprise par Alain Destexhe). Il a également publié des plaidoyers annonçant que le fait d’autoriser le port du voile était le premier pas de l’instauration de la sharia, entre différents propos islamophobes allant jusqu’à écrire en 2007 que « la culture de la liberté ne peut pas prendre racine dans les pays arabes18 » – thèse que les révolutions récentes n’ont pas manqué d’invalider.

Enfin, « Laurent Obertone », que M. Destexhe avait invité à débattre au sujet de son livre, est sans doute la source la plus ouvertement à l’extrême-droite. Sur l’analyse de cet ouvrage, j’invite à lire un billet du sociologue Laurent Mucchielli et un autre billet, du politologue Thomas Guénolé, dont je me permets de citer ici une conclusion :

La France orange mécanique » est donc un tissu d’âneries que son auteur tente d’ériger en démonstration scientifique de son idéologie identitaire, accumulant les amalgames racistes, les tromperies pures et simples quant aux chiffres employés et à leur interprétation, et la multiplication des arguments d’autorité et des références circulaires qui, rappelons-le, sont par essence sans valeur argumentative.

Au travers du recours à ces auteurs, on retrouve donc la quatrième « classe de discours » évoquée ci-dessus : les références véhiculées par le blog servent à renforcer – à légitimer – le discours le plus extrême du député19.

4. Ce que Destexhe révèle

Dans un premier temps, nous avons mis en évidence les aspects spécifiques de positionnement politique qu’Alain Destexhe explicite au travers de son blog. Par l’étude de quelques effets de rhétorique, nous avons montré de quelle manière ce positionnement peut apparaître moins radical qu’il ne l’est. Cependant, un bref retour sur ses références montrent que jusque dans le choix des auteurs qu’il mentionne, M. Destexhe assume sa proximité idéologique avec des thèses racistes et islamophobes en particulier.

Par ailleurs, à ceux qui expriment le fait que ses propos les font « vomir », M. Destexhe répond « comme médecin, je peux toujours leur prescrire gratuitement un antiémétique ». Rappelant à la fois son statut social et renvoyant le fait d’exprimer – certes de manière imagée – la désapprobation de ses opinions à une « maladie », il se fend là d’un trait d’humour qui n’est pas sans rappeler le littérateur fasciste italien Gabriele D’Annunzio20 et son affection pour l’usage « thérapeutique » de l’huile de ricin. En soi, ce trait d’humour paraît badin. Mais il faut se mettre à lire les commentaires sur son mur facebook (modéré de manière virulente, toute critique même policée en étant immédiatement exclue) et son blog (tout aussi contrôlé) pour apercevoir qu’il y a là « un clin d’œil » à un public. Effet d’amorçage ici encore, mais cette fois pour provoquer un déferlement de commentaires aussi laudatifs à son égard que violents vis-à-vis des « victimes désignées » par M. Destexhe : il laisse ses admirateurs agir à sa place et ne manque pas ensuite de se gargariser de leur soutien, notamment à l’occasion des billets d’autopromotion. Ce mécanisme le pousse toujours un peu plus loin dans sa dérive vers l’extrême-droite.

C’est dans cette mécanique que, lorsqu’il disqualifie de leur citoyenneté les jeunes partis combattre en Syrie (« (…) la condamnation sans réserve des “Belges” qui se rendent en Syrie n’est-elle pas partagée par l’ensemble de la classe politique – Oui oui “Belges” entre guillements (sic.) car leur comportement montre bien qu’ils n’ont pas intégré des éléments clés des valeurs de notre société ») et, comme le relève Marcel Sel, lorsqu’il « retweetait suite au drame de Brétigny : “Un Français de souche ne caillasse pas les pompiers, le SAMU. Encore une grosse différence”», qu’Alain Destexhe franchit allègrement le Rubicon qui sépare une certaine forme de néo-conservatisme d’un racisme assumé. Les effets de rhétorique (institution, désamorçage, etc.) ne suffisent plus à faire « écran de fumée ». Cependant, et c’est là où il y a un intérêt spécifique à étudier son discours plus globalement, les dérapages n’en paraissent pas moins « cohérents » dans la continuité du discours : par le fait de jouer en permanence avec « les limites », il contribue à les rendre poreuses.

Il est intéressant dès lors de se poser la question de ce que M. Destexhe révèle en termes de « tendance politique » (c’est-à-dire, au-delà du positionnement, quels sont les ralliements qu’il provoque). Si l’on en juge par les commentaires de son blog, il devient en effet une figure de synthèse entre l’extrême droite et des néoconservateurs très orthodoxes (Hayek revenant fréquemment dans les références de ses lecteurs). Alain Destexhe donne un vernis « politiquement correct » (en l’occurrence, la caution d’un « grand parti démocratique ») aux options d’extrême droite, en d’autres termes il contribue effectivement à ce que ces options soient examinées comme recevables a priori – en particulier, l’accumulation de références qui « frôlent » la xénophobie (26% des formes les plus significatives de son blog sont dans une classe qui joue sur cette « ambiguïté ») permet une sorte légitimation « ad nauseam », par effet de saturation – dès lors, il autorise ce rapprochement pas forcément si immédiat.

Face à une telle offensive, la question est de savoir si l’on peut se permettre d’ignorer les propos du député, évitant par là d’aider à leur diffusion, ou s’il faut, au contraire, s’en inquiéter et les analyser pour mieux les contrer. Confronté à ce dilemme, il m’a semblé nécessaire d’opter pour une analyse de ce discours car je pense que la banalisation des opinions d’extrême-droite à laquelle Alain Destexhe contribue et leur passage au « vernis » d’un parti « respectable » dont il reste membre, constituent des facteurs de dispersion bien plus importants que l’analyse. Or, au fur et à mesure que se banalisent les « opinions » de l’extrême-droite et que des mesures en découlent, se « fabrique » une opinion publique sans cesse plus proche de ses thèses.

Notes

  1. Qui est le terme choisi par les roms pour se désigner eux-mêmes.
  2. http://blog.marcelsel.com/archive/2013/07/18/destexhe-ou-l-imposture-2971932.html
  3. Une description systématique de la méthode ALCESTE peut être trouvée ici : http://sociologie.revues.org/312.
  4. Dans le cadre d’un programme de recherche mené par l’Unité de Psychologie des Organisations sur le thème « normes sociales, normes instituées », je suis en train de procéder à des études plus systématiques sur un ensemble de corpus similaires. La tendance ici explicitée se base sur quelques dizaines de blogs d’hommes et de femmes politiques.
  5. Il s’agit ici d’une citation par Alain Destexhe d’une intervention d’Henri Gutman dans le Vlan du 28 mars 2012
  6. Judith Butler, Sexual politics, torture, and secular time. In The British Journal of Sociology (Volume 59, Issue 1, pp. 1-23), 2008.
  7. In following this movement toward its end we shall inevitably reach a point beyond which the scene is darkened by the shadow of Hitler. Unfortunately, it does not go without saying that in our examination we must avoid the fallacy that in the last decades has frequently been used as a substitute for the reductio ad absurdum: the reductio ad Hitlerum. A view is not refuted by the fact that it happens to have been shared by Hitler. Leo Strauss, Natural Right and History, Chicago, University of Chicago Press, 1953, pp. 42-43
  8. http://blog.marcelsel.com/archive/2013/07/18/destexhe-ou-l-imposture-2971932.html
  9. Plus encore, on peut comprendre la référence que fait Leo Strauss à la disqualification d’une pensée par ses similitudes avec celle des nazis comme une défense de Heidegger – voir G. Paraboschi, Leo Strauss e la destra americana, Rome, Editori Riuniti, 1993 – qui eut une influence déterminante sur la philosophie de Strauss. En la matière, toute tentative de réhabilitation d’Heidegger ne peut que se heurter à une impossibilité posée par le premier discours rectoral de 1933, Die Selbstbehauptung der deutschen Universität, et cette lecture contextualisée du concept devrait inciter à redoubler de prudence dans son utilisation.
  10. Het deed me denken aan een oude folder van het Vlaams Blok. http://m.brusselnieuws.be/mobile/node/110071
  11. Que je remercie au passage.
  12. Voir http://videos.arte.tv/fr/videos/slovaquie_un_mur_pour_s_isoler_des_roms–3475458.html
  13. Dont le Comité des droits de l’homme des Nations Unies – http://www.un.org/News/fr-press/docs/2011/DHCT730.doc.htm
  14. Une étude de ses sources pourrait également s’avérer intéressante. En effet, dans un billet, il renvoie au journal le Peuple de Modrikamen et dans un autre, il propose un lien vers un document hébergé sur le site de Civitas, le groupement catholique intégriste.
  15. M. Sifaoui, Éric Zemmour, une supercherie française, Armand Colin, 2010.
  16. Voir Les Enjeux de la Liberté, Paris, Gallimard, 1997.
  17. Il faut également souligner que sa campagne comme candidat à la présidentielle péruvienne contre Fujimori en 1990 s’est marquée par de véritables incitations à la haine contre la communauté asiatique du Pérou.
  18. Mario Vargas Llosa, “El velo no es el velo”, in El Comercio, 1er juin 2008.
  19. On notera cependant l’utilisation récurrente d’une référence à Lénine qui aurait qualifié « d’idiots utiles » les intellectuels européens qui soutenaient le régime soviétique. Cette légende urbaine est totalement fausse. Voir l’ouvrage absolument utile de Paul F. Boller & John George, They Never Said It: A Book of Fake Quotes, Misquotes, and Misleading Attributions, New York, Oxford University Press, 1990.
  20. qui était rigoureusement antinazi, qu’on ne me reproche pas d’opérer la reductio ad hitlerum.

11 Comments

  1. Dutrieux Dutrieux

    Merci pour cette analyse qui permet d’aller au-delà des anathèmes que l’on jette habituellement à ce triste sire et qui permet de constater combien il instaure de la porosité entre les thèses de l’extrême droite, le MR et une partie de la population.
    Bien à toi,
    Bernard.
    PS: intéressant les outils!

  2. Vanerwegen Vanerwegen

    Tes billets m’émerveilleront toujours. Beau boulot et toujours autant de plaisir à te lire.

    Très Bourdieusement Vôtre.

  3. David Tong David Tong

    Lecture très enrichissante, argumentée et si pertinente.

    Renaud, merci.

  4. Koessan Gabiam Koessan Gabiam

    1000 mercis! C’est tout ce que je rêve de faire mais que je ne prends pas le temps de faire! Vivement, la prochaine analyse de fond! Bonne continuation!

  5. Patrick Placentino Patrick Placentino

    Eclairant. Brillant. Limpide.

  6. Olivier Croughs Olivier Croughs

    Je re-poste mon commentaire qui a suivi la publication de Marie Arena (III) puisqu’il est plus pertinent de le faire ici 🙂 :

    « Bravo pour cette initiative.

    L’analyse quantitative se suffit à elle-même pour comprendre que Destexhe n’est pas, au choix, sage ou intellectuellement honnête : consacrer 1/4 de son énergie rédactionnelle à cette classe regroupant « « islam », « musulman », « religion », « religieux », « signe », « femme », « voile », « port » mais aussi « peur », « interdiction », « égalité », « démocratie », … et « politique » », ce n’est rien d’autre que de l’acharnement.

    Est-ce une obsession issue d’une peur authentique (il serait donc honnête mais égaré*) ou une stratégie politique cynique pour capter l’électorat en manque de FN à la Belge (malhonnête et diviseur/stygmatiseur, donc machiavélique). Ou un peu des deux? J’ai plutôt tendance à penser qu’il crie dans le sens du vent de ses semblables. Qu’il n’est pas le plus malin mais qu’il manie intuitivement le verbe avec suffisamment d’habileté pour créer l’illusion, gommer les aspérités trop gênantes (mais existantes) de son discours. Je ne serais même pas surpris que cette analyse quantitative le surprenne lui-même. Mais ce serait lui prêter une ouverture d’esprit et un sens de l’auto-critique. Or, les principes du bénéfice du doute et de la présomption d’innocence m’empêchent de l’en juger incapable.

    Dans tous les cas, il est un boulet pour le MR, si tant est que celui-ci veuille continuer de se vendre comme un parti, si non « respectable », au moins crédible en tant que parti national et respectueux d’une réalité multicultu(r)elle.

    Quant à l’analyse qualitative, j’ai juste une réserve sur le passage concernant Julien Coppens, le boss des Petits Riens:

    Dans un État démocratique et respectueux de la liberté de penser, il devrait toujours être possible de poser la question : « Est-ce mal de croire que…? Est-ce condamnable d’espérer que…? », peu importe les éventuelles saloperies qui suivent. C’est à partir de la verbalisation ou la réalisation de ces pensées que l’on s’expose à la correction, pénale notamment.

    La police de la pensée est un fantasme dangereux. Dans le cas de cet édito de Coppens, et en particulier sur le passage relevé par cette analyse de « Renaud », il ne s’agit pas de « dire que l’homosexualité est une maladie » mais de le penser. Il n’y a donc pas de propos « vrais ou faux », comme le texte de « Renaud » le prétend. Il n’y a que des propos posés comme les termes d’une équation qui se tient.

    L’éventuelle maladresse de ces propos réside précisément dans cette vulnérabilité vis-à-vis des interprétations rapides, qui glissent un peu trop rapidement du « penser » au « dire ». Glissement que Coppens n’a jamais fait dans son édito, contrairement à ce que les multiples réactions indignées (notamment celle de Bruno De Lille) avaient prétendu juste après sa publication.

    Je précise, pour éviter de m’exposer à d’autres interprétations rapides du même genre, que je ne défends absolument pas l’initiative ni les propos de Coppens mais pointe l’erreur ou la malhonnêteté de ses détracteurs du moment.

    PS : on parle de point Godwin, et non « Goodwin ».

    PPS : « Léo Strauss lui-même avait conscience cependant du caractère dangereux de son argument (loi Godwin), appelant à ne pas généraliser trop facilement le concept dans ses conférences de 1963″ : c’est évident! Entre 1933 et 1963, il n’y a que 30 ans. Entre la deuxième guerre et notre époque, il n’y a qu’une vie humaine. Attention à ne pas tomber dans le déni à force de consacrer cette fameuse loi Godwin. Les crapules n’ont pas disparu depuis l’ONU. La preuve.

    À ce propos précis, voir à partir de 4’17 » : http://www.dailymotion.com/video/x6jxm5_les-juifs_fun

    *Pour ne pas écrire autre chose. »

    • Renaud Renaud

      Olivier, merci à vous pour votre commentaire. La correction « Godwin » est faite, c’est une sale manie que j’ai de déformer les mots pour leur donner un double sens.

      Je ne crois pas que l’on puisse poser les termes pour penser le monde social simplement comme on le ferait pour les termes d’une équation. Le fait de poser une question permet d’instiller la réponse ne fût-ce que par le choix des mots. Loin de moi l’hypothèse qui serait « on ne peut pas écrire la question », je pense que la manière dont elle a été posée ici est claire en termes de positionnement : l’enfer est dans le choix des mots : « J’ai un avis sur la question de l’homosexualité et je ne suis pas le seul. Certains condamnent, d’autres crient à l’intolérance, d’autres sont indécis… » précèdent la question : voilà où est le positionnement. La question devient alors purement rhétorique… Et précisément alors, si la réponse est connue, à savoir « je trouve légitime de poser l’homosexualité comme maladie », je pense qu’il est tout à fait logique de pointer qu’une telle hypothèse est intrinsèquement homophobe, vu qu’elle suggère qu’il y a une identité sexuelle « malsaine » (au sens de « sanus », ce mot si bien décortiqué dans l’Histoire de la Folie à l’Âge classique de Foucault) – l’homosexualité.

      Mais là, je suis bloqué par les limites de l’exercice « commenter un commentaire ». Donc : encore merci pour ce dernier, et au plaisir de débattre (éventuellement de vive voix, c’est souvent plus fructueux).

  7. Olivier Croughs Olivier Croughs

    Re-Renaud,

    D’accord avec vous en ce qui concerne nos interprétations toutes personnelles de ce qui se trémousse dans le chef de Coppens, d’où mes précautions vis-à-vis de ses propos. Ceci dit, il écrit avoir un avis sur la question sans écarter jamais l’hypothèse d’une sympathie/un soutien à l’égard des homosexuels. Mais la tournure ne favorise pas cette interprétation, nous sommes d’accord.

    Je réagissais précisément à cette phrase de votre billet (excellent, je le réaffirme :)) : « Dire que l’homosexualité est une maladie et « espérer une guérison » est donc juste une « maladresse » et la réaction immédiate du centre était dès lors trop hâtive. Maladresse des propos : en d’autres termes, ils ne sont pas forcément faux. »

    Coppens n’a pas dit que l’homosexualité était une maladie, il a posé la question de savoir s’il était mal de le croire ou s’il était condamnable d’espérer qu’on puisse en guérir. Et là-dessus, il n’a pas tort : tout le monde a le droit d’être con.

    Et la question n’a rien de vrai ou de faux : elle existe et peut se discuter.

    En conclusion : vu l’importance que vous donnez aux mots (ce que j’apprécie infiniment), il m’a semblé légitime d’épingler ces interprétations qui détonnent avec la rigueur du reste de l’analyse.

    Amicalement,

    Olivier

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