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Pourquoi un blog ?

Il y a de cela près de 2 ans, je fermais définitivement un blog personnel et me jurais que jamais, plus jamais, on ne m’y reprendrait. Mon constat était en effet plutôt amer : outre un bilan sous forme d’autocritique qui me fit me rendre compte de la pauvreté de certains contenus que j’avais mis en ligne, je dus aussi constater mon incapacité à trouver encore un intérêt à l’exercice.

Derrière le caractère fondamentalement exhibitionniste de ce genre d’outils de publication, il y a dans l’usage du blog une forme exacerbée de fascination pour soi-même, de narcissisme outrancier : ce que je pense me semble tellement intéressant que je dois en faire part à la terre entière. Plus encore, le format et l’habituation à « l’écriture web » poussent à la brièveté et donc à l’autocaricature de cette pensée dont l’auteur la croit à ce point digne d’intérêt qu’il se sent habilité à en faire étalage urbi et orbi.

Le web regorge donc de ce fast-thinking, cette pensée préformatée, réductionniste et exprimée avec le ton impérieux des statuts facebook et autres tweets. La brièveté du propos – et bien sûr, lesdits tweets sont en la matière des exemples paradigmatiques – va de pair avec le fait de surfer sur les codes dominants, de procéder par des assimilations parfaitement inculquées par l’idéologie dominante – par exemple, communiste-conservateur, marxisme-productivisme, science-progrès, écologie-environnement, virilité-bon politique…

S’ajoute l’injonction à la productivité : un blog qui ne voit aucune publication sur une durée supérieure à quelques semaines sera considéré comme mort et délaissé par ses lecteurs. C’est que le web, c’est aussi la production rapide, on « surfe » d’un site à l’autre comme on zappe les programmes de télévision, d’ailleurs les deux vont de pair grâce à l’ultra-haute vitesse fournie par l’un des providers monopolistiques auxquels nous avons le plaisir d’être abonnés pour ‘plus de fun‘.

Le « deux-point-zéro » et ses interactions semblent tempérer, à priori, le biais de l’autosatisfecit ronflant. En réalité, à l’usage, on se rend rapidement compte que les commentateurs sont systématiquement les mêmes et que les plus avisés d’entre eux sont souvent des connaissances réelles – au sens physique, matériel. Alors pourquoi ne pas se voir dans un café plutôt que de discuter par ordinateurs interposés ? Autre inconvénient de l’exercice, la possibilité pour les commentateurs d’utiliser des « pseudos » et donc de déposer des commentaires sans à avoir à en assumer la paternité, ce qui permet des déchaînements de violence mâtinés d’une lâcheté dégoulinante.

Pourtant, j’ai décidé de remettre le couvert : on ne peut pas être cohérent tout le temps. Outre que mon ego a sans doute une part importante dans l’histoire, c’est suite à une conférence que l’idée a germé en moi. Un des participants m’a en effet demandé l’adresse internet à laquelle trouver le texte de ma contribution, pour pouvoir m’interpeller avec plus de distance et donc, une meilleure analyse de ce que j’avais tenté de dire.

L’outil blog prend alors un autre sens : celui de confronter mes maigres contributions de chercheur à des lecteurs intéressés et de contribuer par là à construire un intellectuel collectif – pour reprendre une expression de Pierre Bourdieu – me permettant vaguement d’améliorer progressivement ces contributions au fur et à mesure d’échanges. Je suis en effet persuadé que la recherche, c’est comme le fromage : pour que ça devienne savoureux, il faut l’affiner.

Néanmoins, je m’imposerai trois règles, auxquelles je compte bien me tenir – résolument :

1. Ne jamais faire la moindre concession à la devise de cet espace, en l’occurrence rester obstinément bête et méchant ;

2. Eviter la rhétorique de la clarté, celle qui enjoint à un style ‘simple et synthétique, adapté au web’ et impliquant l’inscription dans les canons de la pensée unique ;

3. Publier à mon rythme, selon mes envies et coups de gueule du moment.

Ceci n’est qu’un blog, un outil virtuel de publications virtuelles. Il ne sert, éventuellement et avec beaucoup de chance, qu’à fournir quelques armes dans la bataille culturelle contre l’idéologie dominante. Mais ces armes, elles doivent être utilisées : c’est par la militance, la pratique de la lutte qu’elles prennent sens. Raison pour laquelle ce blog n’est pas une fin en soi, mais un outil parmi d’autres… ma militance se construisant aussi, nécessairement, en dehors de cet espace virtuel.

D’où viennent les idées justes? Tombent-elles du ciel? Non. Sont-elles innées? Non. Elles ne peuvent venir que de la pratique sociale, de trois sortes de pratique sociale : la lutte pour la production, la lutte de classes et l’expérimentation scientifique. L’existence sociale des hommes détermine leur pensée. (Mao Zedong, mai 1963)

One Comment

  1. Guéric Guéric

    J’aime beaucoup la citation 😉 Et le reste du texte aussi d’ailleurs, ce sont les mêmes raisons qui m’ont toujours fait hésiter à publier un blog. Mais le retour récent d’un voyage pourrait me faire changer d’avis.

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